Réhabilitons la colère, cette émotion tellement utile !

Si la colère était une personne, je pense qu'elle porterait plainte pour diffamation. Et qu'elle gagnerait. Parce qu'avec tout ce qu'on dit d'elle partout, il y aurait de quoi !

Je n'aime pas la colère !

La colère c'est violent !

Ce n'était pas moi qui ait fait ça, j'étais en colère !

Il m'a fait une colère d'au moins une heure en se roulant par terre et tout.

Je ne mets jamais en colère. Je ne veux pas.

Stop ! Reprenons les choses par le début.

C'est quoi la colère ?

C'est une émotion. A quoi ça sert une émotion ? Et bien ça sert à nous signaler une information, plus précisément à nous signaler un écart entre ce que nous attendons et ce qu'il se passe. J'en parle dans cet article : les émotions ça peut être utile.

Donc la colère est une émotion, elle nous signale un écart entre nos attentes et les événements qui nous arrivent. Quel écart nous signale t'elle ?

Chacune de nos émotions dit quelque chose de différent, chacune de nos émotions nous parle d'un type d'écart différent entre nos attentes et la réalité. Et du coup, chacune de nos émotions est associée à un type de pensées et à un type d'envies d'agir je dirais, de tendance à l'action.

La colère, c'est l'émotion qui nous parle de ce qui ne nous convient pas, de l'écart entre le respect de l'on attends des autres (ou de la vie) et la réalité de ce qu'il se passe. Elle nous parle de non-respect de notre intégrité (notre intégrité physique, mais aussi morale, avec entre autre nos valeurs etc). La colère nous aide à changer les choses qui vous dérangent. C'est l'émotion qui nous permet de nous faire respecter et de nous respecter nous-même. C'est magnifique, non ?

Je crois que la colère, c'est une belle émotion. C'est une émotion qui nous met en mouvement pour agir pour nous même et pour nos valeurs.

Pourquoi tant de haine pour cette fichue colère ?

Souvent, on confond la colère et la violence. Et ça, c'est peut être ça la base du problème avec la colère.

Dès que quelqu'un crie, hurle, tape, s'agite, on décide qu'il est en colère.

Alors oui, il est certain que la colère peut nous amener à crier, taper, s'agiter, hurler voire à se rouler par terre... mais elle n'est pas la seule. Loin de là.

Avec quoi on confond la colère ? On confond la colère avec la violence, avec les actes physiquement excessifs en termes de décibels ou de mouvement.

Déjà rappelons nous que la violence n'est pas une émotion, mais un acte que l'on pose. C'est différent. Les émotions nous poussent à l'action mais nos actes restent nos actes. Comme dit Haim Ginott « Toutes les émotions sont légitimes, tous les actes ne sont pas acceptables ».

D'où vient la violence alors si elle n'est pas toujours associée à la colère ? De toutes les émotions ou presque.

Toutes les émotions fortes peuvent provoquer de la violence. En particulier la peur. Par exemple, si mon enfant manque de traverser la rue alors qu'il y a une voiture et que je le rattrape au dernier moment, j'ai peur. Et cette peur me fait hurler. Et ce hurlement me fait croire que je suis en colère. Mais en vérité, la plupart du temps, j'ai peur.

On va aussi confondre avec la tristesse. Mon enfant me demande une glace. Je lui dis non. Il hurle. Je crois qu'il est en colère. C'est possible mais neuf fois sur dix, il est plutôt triste. Il est triste de pas avoir sa glace. Très triste.

On confond aussi très souvent la colère avec l'impuissance. Quand je ne peux pas agir sur quelque chose, je me sens impuissant. Et cette impuissance m'amène, pas toujours, mais très très souvent, à avoir envie d'être violent. Parce que quand je suis violent, je suis puissant. Et je récupère cette puissance que ne peut pas me donner la situation. L'impuissance n'est pas une émotion mais plutôt un état. Ce qui veut dire que l'impuissance, je peux la vivre en plus. Je peux vivre par exemple de la colère + de l'impuissance : c'est de la rage, de la peur + de l'impuissance : c'est la terreur, de la tristesse + de l'impuissance c'est la douleur. On pourrait dire que l'impuissance c'est un facteur multiplicateur de ma réaction. Si je suis impuissante, je réagis beaucoup plus vite, beaucoup plus fort.

Alors ? Est-ce qu'on n'est pas injuste avec cette colère ? Est ce qu'elle ne devrait pas porter plainte pour diffamation ?

Si, je crois qu'on est injuste avec la colère. Parce que la colère, elle nous veut du bien. Ça c'est vraiment essentiel. La colère nous veut du bien.

Qu'est-ce qu'elle nous veut comme bien la colère ?

Elle veut nous dire : regarde, je crois que ton intégrité est menacée. C'est quoi mon intégrité ?

Ben c'est d'abord mon intégrité physique. Si quelqu'un m'agresse physiquement, je peux ressentir de la colère. Et cette colère, elle sert à me donner l'énergie de dire à l'autre : stop ! Et de le repousser. Physiquement si besoin. La colère me porte à repousser celui qui m'agresse pour le renvoyer « chez lui » et surtout pour être tranquille « chez moi », dans ma zone d'intimité, de confort.

La colère va aussi se faire sentir quand mon intégrité est menacée, pas physiquement, mais psychologiquement. Par exemple, quand je me fais insulter. Si je me fais insulter, j'aurai besoin de dire stop pour me réparer. Ça ne passe pas obligatoirement par de la violence, ni physique, ni verbale. Je peux lui dire : « ah, tu es tellement mal, que tu me dis que je suis connasse ! » ce qui est une façon de rendre à l'autre ce qui lui appartient : nous ne sommes pas une connasse, c'est son mal être qu'il exprime en réalité, ou juste « je n'accepte pas que tu me parles comme ça ! », là aussi c'est une façon de repousser l'autre.

La colère arrive aussi quand on atteint à mon intégrité en termes de valeur. Si tu porte atteinte à mes valeurs, je vais ressentir de la colère. Et pareil, je vais te dire stop et tenter de repousser l'autre « plus loin » même si c'est symboliquement (ou pas bien sur).

La colère, elle va nous aider à changer le monde. Comment pourrait-on changer le monde sans la colère ? Si je veux changer les choses, il me faut de la colère. La colère me permet de dire non, ça je ne veux pas. Alors moi je vous dis : vive la colère !

Qu'est-ce vous pensez sur ce que je vous dis sur la colère ?

J'imagine qu'en me lisant, vous êtes intéressé·e·s, mais que vous êtes aussi frustré·e·s, parce que je vous explique ce que c'est la colère mais je ne vous dis pas comment gérer cette violence.

Je comprends. Pourtant, je vous propose de commencer par essayer de faire la différence entre la colère et la violence. Commencez déjà par ça. C'est déjà un travail intéressant.

Lorsque vous avez envie d'être violent, demandez-vous si vous avez peur, si vous êtes triste, impuissant, ou en colère. Faites déjà ce tri. Et lorsque vous êtes en colère, accueillez déjà votre colère en vous-même et autorisez-vous à la ressentir, dites-vous : « merci petite colère de me dire là où il faut que je change quelque chose. » C'est déjà beaucoup, si vous arrivez à faire ça, parce que c'est tout sauf facile ce que je vous propose là. Mais vous pouvez le faire.

Racontez nous en commentaire si vous avez tenté et ce que ça a donné !

 

Publié le 21 novembre 2019 par Dominique Vicassiau Émotions : En Faire Vos Alliées


Ajouter un commentaire


Loading