Quelles questions se poser avant de mettre en place des routines avec les enfants ?

Aujourd'hui, on parle des routines. Des habitudes. Comme ma routine pour publier un article tous les jeudis matins ! Comme vous le voyez, elle est très efficace on est jeudi matin de bonne heure et vous lisez cet article ! … Ah non pardon on est jeudi soir … bon ma routine mérite des améliorations on dirait (et pour cause je n'en ai pas en réalité, j'ai juste un objectif).

Bref je m'égare, je voulais vous parler des routines que l'on peut utiliser avec les enfants. Bonne ou mauvaise idée les routines ? Et comment on fait ?

C'est quoi des routines ?

J'ai demandé au Larousse et il m'a répondu ça :

Routine : Habitude mécanique, irréfléchie, et qui résulte d'une succession d'actions répétées sans cesse 

On voit de suite l'intérêt d'une routine : c'est irréfléchi, on a plus besoin de réfléchir. Une routine c'est reposant et ça permet de mettre son énergie ailleurs.

Par exemple si j'avais une routine d'écriture de mon article de blog de la semaine, ça m'éviterait d'avoir à penser à penser à l'article de blog et je pourrais mettre plus d'énergie dans l'écriture ! (non, non je ne suis pas en train d'essayer de m'auto-convaincre).

Quiconque a vécu avec des enfants voit aussi de suite un autre intérêt des routines avec les enfants : si on ne réfléchit plus pour faire les choses : on ne risque plus de ne pas vouloir aujourd'hui ou de dire « attends ! ».

Vous trouverez donc facilement de très nombreux articles de blog, de journaux, chapitres de livres vous conseillant les routines, pour le lavage de dent, l'habillage le matin et mille autres chose encore.

Pourtant les routines n'ont pas que des avantages, ni que des inconvénients d'ailleurs. Alors je vous propose de faire le point !

Je ne m'étendrai pas sur le fait que les routines facilitent la vie de tous une fois qu'elles sont en place. C'est suffisamment évident pour n'avoir pas besoin d'y revenir en détail je crois. Par contre, voici quelques questions qu'on peut se poser à propos des routines.

Les routines : est ce que c'est éthique ?

Il n'est pas inutile de se poser la question.

Beaucoup de parents reprochent aux routines leur coté manipulatoire. Effectivement, si ça amène l'enfant à faire les choses chaque jour sans réfléchir, cela signifie que ça l'empêche de choisir de faire ou pas ces choses. C'est simplement un fait.

De plus souvent, on propose d'introduire les routines par le jeu au départ, pour que ça soit plus facile à mettre en place. Là aussi, il y a un coté manipulatoire : le but est de faire faire, pas de laisser l'enfant choisir et on rajoute du jeu pour augmenter les chances que l'enfant fasse ce que l'on a décidé de faire. Là aussi, c'est simplement un fait.

Alors les routines c'est mal, il faut se l'interdire et l'article est fini ?

Non, si vous me connaissez, vous savez que je ne peux pas me contenter d'un telle réponse. Parce que cette réponse ne prend pas en compte quelque chose d'essentiel : le contexte.

Dans l'absolu, les routines, apprises d'abord par le jeu, sont manipulatoires, et manipuler un enfant pour l'éduquer ce n'est pas le respecter en tant que personne.

Mais vous vivez dans l'absolu vous ? Pas moi. Moi je vis dans la réalité, et dans la réalité « les routines » ça n'existe pas, pas comme ça, isolées d'un contexte, d'une situation.

Et c'est ça le but de l'éthique : juger les choses dans leur contexte et non pas dans l'absolu.

Dans l'absolu, tuer c'est mal. Mais si ça me sauve la vie c'est toujours mal ? Tout est une question de contexte.

La première question de contexte à se poser est simple : ma demande est elle légitime ?

Je ferais sûrement un article uniquement sur cette question un jour, mais aujourd'hui je vous propose simplement de vous poser la question avec honnêteté et responsabilité : votre demande, votre objectif à travers cette routine que vous projetez de mettre en place est elle légitime ? L'article sur les responsabilités de l'adulte pourrait vous aider à répondre à cette question.

Si la demande n'est pas légitime, alors aucune solution ne sera éthique pour y faire se conformer l'enfant. Ni une routine ni autre chose. A ce moment là, il vous faut chercher plus loin votre besoin à vous et comment vous pouvez y répondre autrement.

La seconde question à se poser va sûrement vous surprendre, c'est celle ci : quelle est votre routine actuelle ?

Non, non, je ne me suis pas trompée de question. Avant de choisir de mettre en place ou pas une routine, je propose de se demander quelle est notre routine actuelle.

Prenons un exemple pour comprendre : le départ du matin. Et revenons à la définition de routine « Habitude, succession d'actions répétées sans cesse ».

Quelle est votre routine actuelle concernant le départ du matin revient donc à se demander : quelles sont les actions répétées sans cesse chaque matin pour le départ ?

Ça vous semble plus clair là d'un coup non ? Et oui, les routines ça n'est pas seulement une succession d'actions choisies avec soin pour leur utilité, leur efficacité et enchaînées avec fluidité et zénitude avec un apprentissage pendant 21 jours en chantant ! Non les routines ça n'est pas forcément appris, volontaires. Les routines nous en avons beaucoup des non volontaires.

Comme quand je me dis 15 fois « il faut que j'avance l'article pour jeudi » et que je ne le fais pas. Vu que je reproduis cette succession de 2 actions presque chaque semaine, c'est une routine.

Comme quand :

  1. vous dites, plein·e d'espoir « Allez c'est l'heure d'aller à l'école, tu vas mettre tes chaussures et ton manteau ? »

  2. votre enfant ne lève pas les yeux de son livre,

  3. vous respirez pour ne pas crier et vous vous approchez pour lui redire la même chose

  4. il vous dit « oui attends »

  5. vous respirez pour ne pas crier et vous vous dites que vous pouvez lui laisser 5 minutes

  6. vous lui laissez 5 minutes

  7. vous lui dites que maintenant il faut y aller

  8. il dit oui, poses son livre et met une demi chaussure tout en continuant à lire

  9. vous lui rappelez qu'on va être en retard et qu'il faudrait activer un peu

  10. il dit oui et finit de mettre sa chaussure

  11. il reprend carrément son livre pour le voir de plus près

  12. vous criez que c'est pas possible mets tes chaussures et ton manteau purée !!!!

  13. il pleure

  14. vous lui mettez vous même la seconde chaussure, le manteau et vous le portez jusqu'à la voiture pendant qu'il hurle et pleure !

C'est une routine, puisque ça se passe comme ça chaque matin.

Quand on le regarde comme ça, la question de savoir s'il est éthique de remplacer cette routine là par l'habitude de mettre ses chaussures et son manteau sans réfléchir prend une autre couleur non ?

Les routines, ça peut être éthique et ça peut aider tout le monde.

Nous pouvons prévenir l'enfant que la routine : demandes/rêveries/cris/pleurs/arrivée en retard ce n'est pas ok pour nous et que nous allons essayer d'en mettre une meilleure en place. Nous pouvons aussi recueillir ses objections et ses propositions (à froid) pour mieux adapter la routine à ses besoins. Selon son âge, il peut nous aider à la choisir. Bref, on peut mettre de l'éthique dans la routine, et il serait dommage de jeter la routine avec l'eau de la manipulation.

Les routines : comment on les met en place ?

Il y a mille et une façon de mettre en place une routine. Aucune n'est bonne ou mauvaise en elle même, choisissez la votre. Pour vous aider, je vous propose quelques exemples d'étapes simples pour définir et mettre en place une routine :

  • choisir le moment de la journée (ou de la semaine) pour lequel on veut mettre en place une routine.

  • découper ce moment en une succession d'actions : soyez d'autant plus précis que l'enfant est petit.

  • créer un support visuel pour la routine : affiche, petit carnet avec une action par page, tableau à cocher, etc … vous pouvez y intégrer des photos, des dessins, des mots. Vous trouverez facilement de nombreux exemples sur le web.

  • annoncer votre décision à l'enfant, lui en donner la raison en assumant vos choix « J'ai choisi de te mettre à l'école, il faut y être à telle heure et tous les matins je finis par crier et toi par pleurer. Je ne veux pas continuer comme ça. Je comprends que pour toi c'est compliqué de te dépêcher le matin alors pour nous aider, toi à faire plus vite moi à rester plus calme j'ai eu l'idée de faire ça ».

  • accueillir ses émotions, ses objections, ses propositions en les prenant au sérieux. Ce qui ne veut pas dire que vous êtes obligé·e·s de dire oui à ses propositions ni non. (Voir l'article avec les 5 réponses respectueuses à faire à votre enfant qui n'est pas d'accord).

  • S’entraîner à froid en faisant « comme si » peut parfois aider.

  • Ajouter du jeu pendant l'apprentissage est souvent une bonne façon d'aider à patienter pendant les essais erreurs du début.

  • Être patient dans la mise en place chaque jour les premiers temps tout en s'y tenant.

  • Rappeler à l'enfant en 1 mot (chaussures !) la routine quand il l'oublie. Pour rappeler les choses de cette façon, il faut que ça soit déjà habituel et que l'enfant le vive comme quand vous mettez votre téléphone pour vous rappeler que c'est l'heure d'enlever le sachet dans la théière après 3 minutes d'infusion. C'est un rappel pour aider pas un reproche.

Est-ce que les enfants sont plus calmes et coopératifs si les routines sont toujours les mêmes ?

Ça dépend.

Ça dépend des enfants surtout. Ça dépend aussi des périodes. Le même enfant peut aimer les routines à un certain âge et moins à un autre. Il y a des âges où ils aiment beaucoup les routines, quand ils sont petits souvent ils aiment bien les routines. En grandissant, ils aiment globalement moins mais ça dépend aussi des caractères.

Ça dépend aussi comment vous avez introduit la routine, si l'enfant voit la routine comme une façon de le manipuler, si l'enfant voit la routine comme une contrainte supplémentaire, il risque de ne pas l'aimer. S'il voit la routine comme une aide pour que le moment du matin se passe bien il a beaucoup plus de chance d'y adhérer.

Dire qu'une routine est la solution pour tous les moments tendus : ce n'est pas vrai. Ce n'est pas toujours la solution. Mais ça peut faire partie des solutions.

A quoi faut-il faire attention quand on met en place une routine avec les enfants ?

Outre le fait d'assumer nos responsabilités, d'expliquer aux enfants pourquoi nous proposons une routine avec authenticité, il y a une autre chose à laquelle être attentif, attentive quand on propose une routine à un enfant : c'est que la routine ne créé pas de nouveaux problèmes.

Certains enfants aiment beaucoup les routines, ils les aiment tellement, que dès que quelque chose change, sort de la routine, ça les angoisse. Dans ce cas, la routine peut être une fausse bonne idée.

Si c'est le cas de votre enfant, je vous suggère de prévoir la « carte imprévu ». C'est quoi la carte imprévue ? Et bien c'est le fait de prévoir que parfois il y a un hic, un imprévu. Vous pouvez le visualiser par une carte physique symbolisant cet imprévu et quand vous présentez le support visuel de la routine, vous montrez aussi la carte en disant « et ça c'est pour les imprévus parce que c'est sur que ça va arriver ». Prévoir les imprévus comme normaux, banals, habituels va les normaliser et l'angoisse du changement sera moindre.

De la même manière, vous pouvez prévoir la carte « j'ai envie de lire quand même », la carte « je pleure parce que je n'aime pas me presser » ou la carte « papa crie parce qu'il a peur qu'on soit en retard à l'école ! ».

En conclusion, je vous dirais que les routines peuvent vraiment vous aider à sortir des situations chroniquement douloureuses dans votre famille. Ce n'est pas une solution magique mais elle aide souvent.

N'oubliez simplement pas d'adapter les routines à votre enfant et à votre famille. C'est toujours à vous de voir, en fonction de l'enfant, de comment il le vit, de comment vous le vivez. Et vous pouvez toujours choisir de modifier les routines, rien n'est jamais « pour toujours ».

 

Publié le 14 novembre 2019 par Dominique Vicassiau Au Quotidien : La Vie Avec Les Enfants


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