Participation aux tâches ménagères par les enfants : on fait un bilan ?

Cette semaine sur ma page Facebook, j'avais décidé de vous parler tâches ménagères !

Tâches ménagères et participation des enfants plus précisément. Chaque jour à midi, j'ai présenté un axe de réflexion à ce sujet. Aujourd'hui, la semaine finie, je vous propose un petit récapitulatif sur le blog, pour que vous puissiez retrouver plus facilement ces textes qui vous ont manifestement beaucoup intéressés.

Je proposerai aussi, d'ici quelques jours pour mes abonnés (Abonnez-vous !) et pour les membres du club des Parents Confiants un pdf récapitulatif avec des bonus (tâches ménagères réalistes par âge, réflexion au sujet des tableaux de service …).

La question de faire participer ou pas les enfants aux tâches ménagères est une question qu'on me pose régulièrement en atelier : est ce qu'il faut faire participer les enfants ?

Il ne faut rien. C'est à vous de décider.

De nombreux enfants ne font absolument rien pendant toute leur enfance et regardent juste les adultes faire. Et lorsqu'ils sont adultes, ils s'y mettent, ils ont appris l'essentiel en regardant et apprennent le reste sur le tas en s'y mettant.
Vous pouvez absolument penser que ce n'est pas leur rôle et tout faire vous. Si ça vous convient, c'est tout à fait ok. Ne laissez pas les gens vous culpabiliser de ne pas les faire participer si cela vous convient à vous.

A l'inverse, il n'y a aucune raison de refuser par principe de faire participer les enfants si c'est important pour vous. Cela peut être important pour vous parce que sinon vous vous sentez comme "la bonne de la maison" et ça vous rend aigrie, et probablement agressive "pour rien". Cela peut être important car vous pensez qu'il est indispensable qu'ils apprennent, qu'ils s'habituent etc ... Ne laissez pas les gens vous culpabiliser de les faire participer si cela vous convient à vous.

Après, vous êtes responsable de l'équilibre familial, de la relation avec vos enfants et de la façon dont vous leur proposez de participer. Parce que les punir si ils ne rangent pas leur chambre pourraient avoir de nombreux impacts négatifs : sur leur estime d'eux même, mais aussi sur leur vision du rangement et du ménage (tellement nul qu'il faut qu'on me force !).

Je voudrais citer ici un commentaire d'une maman :

Ma fille de 2 ans est plus que volontaire alors on en profite  elle nous aide à nettoyer la table, et étendre le linge 

Je prends les paris que l'immense majorité des parents d'enfants de plus de 2 ans se sont dit en lisant ça "Profites, ça ne va pas durer !"

Et pourtant, on peut faire durer cette envie de participer, probablement pas l'enthousiasme d'un tout petit qui s'émerveille facilement, mais l'envie de faire oui, on peut la faire durer.

Comment ?

En adaptant nos demandes aux capacités des enfants.

Souvent, on adapte intuitivement dans le sens "ne pas demander des choses trop difficiles" et c'est une bonne idée.

Mais ça ne suffit pas, si on veut maintenir l'envie de faire les tâches que l'on propose, il est utile aussi d'adapter dans l'autre sens : ne pas demander des choses trop ... faciles !

ça peut paraître contre-intuitif et je vois régulièrement des parents qui lorsque l'enfant n'a pas trop envie de s'y mettre, vont avoir tendance à en demander moins, à proposer plus facile ... et ça ne marche pas, parce que le problème est souvent qu'on demande des choses trop faciles.

Pourquoi une enfant de 2 ans est volontaire pour mettre la table ? Parce que c'est un travail de grand ! Parce que ça lui demande de faire attention à ne pas casser, à se concentrer pour ne rien oublier, parce que ça prouve qu'on lui fait confiance.

A 8 ans, mettre la table c'est fastidieux, beaucoup trop facile pour être intéressant. Par contre, faire le repas tout seul ... ça donne envie et on retrouve un enfant volontaire, prêt à faire la tâche qu'on lui propose.

Bien sur, parfois il y a aussi besoin qu'ils fassent des choses faciles, mais on en parlera les autres jours de la semaine.

Aussi je vous invite à vérifier, quand vos enfants n'ont pas envie : est ce que ce n'est pas parce que vous leur demandez quelque chose de trop facile ? Et si oui : comment vous pouvez demander quelque chose de plus difficile ?

Voici une autre piste de réflexion pour améliorer la participation aux tâches ménagères chez vous.



La responsabilité complète.

Le problème fréquent quand on demande aux enfants de faire telle ou telle tâche c'est qu'ils ne la font pas. (Ou la font en râlant, mais ça on en reparlera après.)

Donc on demande de mettre la table, ranger sa chambre, mettre son linge dans la panière à linge, passer l'aspirateur dans le salon s'il te plaît ... et ils ne le font pas. Ou tellement mal que c'est comme si ce n'était pas fait.

Et on "doit" les relancer. Leur "rappeler". Insister. Ré-insister. Encore insister.

Et même si souvent ils finissent par le faire, c'est épuisant de toujours rappeler, insister, s'énerver pour ça.

Le problème c'est que vous gardez la responsabilité de la chose. Dans de nombreux cas, tant que vous en gardez la responsabilité : ça vous fatigue (d'y penser) et votre enfant le prend avec dilettantisme.

Je vous propose d'essayer de lui donner la responsabilité complète. Ce qui veut dire que s'il ne le fait pas : non seulement, vous ne lui rappelez pas mais vous ne le faites pas non plus.

Bien sur, vous ne pouvez pas faire ça avec mettre la table, parce qu'il faut bien que la famille mange. Mais vous pouvez le faire, pour peu que votre enfant soit assez grand, avec plein d'autres choses : laver son linge et le gérer lui même à 100%, ranger sa chambre et y faire le ménage par exemple.

Ça implique d’accepter le risque que "son seuil de tolérance soit très très haut" comme l'a dit une maman sur les Parents en Chemin hier à propos de son fils.

A vous de voir si vous vous sentez de prendre ce risque ou pas, c'est un vrai risque. Par contre, le bénéfice qui va avec est double : cesser de se battre (et de prendre le risque de pourrir la relation avec votre enfant) et cesser d'y penser ! Une chose de moins dans la tête, ça n'est pas rien.

Est ce que vous avez essayé de donner la responsabilité complète ? Ou pas du tout mais vous avez envie de tenter l'expérience ?

Après une première piste de réflexion plutôt utile pour les plus petits et une piste seconde plutôt utile pour les plus grands, on continue avec une piste de réflexion pour tous.

Concernant la participation des enfants aux tâches ménagères, il y a quelque chose qu'on oublie trop facilement : transmettre comment faire.

Ranges ta chambre !

oui mais comment ?

Non, il ne suffit pas de remettre « chaque chose à sa place », surtout si il y a beaucoup de choses pas à leur place (voire si certaines choses n'ont pas vraiment de place …).

Souvent ce qui bloque la réalisation c'est l'ampleur de la tâche. Et l'enfant ou l'ado a souvent besoin qu'on l'aide, qu'on lui apprenne. Et pas seulement qu'on lui apprenne à faire la tâche, mais aussi qu'on lui apprenne à la faire même si elle paraît énorme et même si on n'en a pas envie !

Demandez vous : qu'a t-il besoin d'apprendre pour pouvoir faire ce que je lui demande ?

Pensez à comment vous faites vous, et apprenez lui :

  • à faire la cuisine,

  • à ranger sa chambre,

  • à mettre une machine en marche

mais aussi à :

  • partager une grosse tâche en petites étapes : ranger la chambre 5 minutes à la fois, c'est plus facile !

  • se concentrer sur le résultat qu'on veut atteindre plus que sur la tâche à réaliser

  • ajouter du plaisir à ce qu'on fait, par exemple : ranger en musique

  • etc …

Pour lui apprendre, la première chose à faire est toujours la même : montrer comment vous faites vous. Par exemple, montrer comment vous faites des tâches désagréables en les partageant en petits bouts, comment vous utilisez un minuteur pour vous dire « allez juste 5 minutes ce matin », comment vous surveillez la cuisson de votre plat familial du dimanche, etc …

Vous pouvez aussi : détailler les étapes à suivre, à froid d'abord, puis ensuite pendant que vous faites avec lui ou elle : allez on avait dit d'abord les livres … , faire une affiche récapitulative que l'enfant peut consulter tout seul (!) pour se souvenir des étapes et pourquoi pas les cocher, lui proposer de chercher une vidéo qui explique, ou de demander à son grand-père comment il repasse ses chemises (quoi ?) etc ...

Quand vous lisez ça, ça doit vous paraître évident mais en réalité, on l'oublie très vite alors : qu'est ce que votre enfant a besoin d'apprendre pour faire ce que vous lui demandez de faire ?

Liberté obligatoire.

Liberté obligatoire, ça sonne bizarre. Mais c'est un peu fait express pour titiller votre attention.

Je veux vous parler du méranja. Chez nous, chaque enfant (et chaque adulte) doit faire son méranja, 2 fois par semaine en période d'école, et une fois par jour en période de vacances (ou de confinement !).

C'est quoi ça le méranja ?

Le mot Méranja a été inventé collectivement par mes enfants et moi. Oui on invente des trucs funs nous, des mots pour parler de participation à la tenue de la maison, qu'est ce que vous voulez, on est fun ou on ne l'est pas …

Donc le méranja c'est un temps de MÉnageRANgementJArdin : un temps donc on doit faire soit du ménage, soit du rangement, soit du jardin.

Comment ça se passe ?

Chaque personne a un temps du à la collectivité :

  • en période scolaire les petits (8 ans) doivent (au moins) 15 minutes, les grandes (14 et 16 ans) 30 minutes et les parents (toujours jeunes bien sur !) 45 minutes. 2 fois par semaine (en général, les mercredis, et le week-end)

  • en période de vacances les petits doivent (au moins) 10 minutes par jour, et les 4 grands 15 minutes chaque jour.

Qu'est ce que chacun fait pendant ce temps ?

Et bien exactement ce qu'il ou elle veut. C'est la liberté. Mais c'est obligatoire de le faire. Liberté obligatoire.

Pour donner des idées, j'ai fait une liste de choses qu'il faut faire chaque semaine, et des fiches à tirer au sort (ou à choisir consciencieusement) avec des tâches plus de fond, à faire de temps en temps.

Mais le principe c'est que chacun choisit ce qu'il ou elle veut faire. Et cette liberté permet à chacun de ne pas se sentir trop contraint et d'adapter son choix à son humeur et son énergie du moment.

Il y a une autre règle indispensable pour le méranja : interdiction de critiquer ce que quelqu'un fait.

Interdiction de dire que ça ne sert à rien de relaver les vitres qui ont déjà été faites il y a 3 jours, interdiction de dire que si c'est pour étendre le linge comme ça autant ne pas le faire. Critiques interdites, bannies, on n'en veut pas.

On a par contre le droit de remercier, faire un compliment descriptif ou demander à l'autre si il accepte un conseil (et si c'est non : on se tait !).

C'est important aussi. Parce que bon être obligé de faire du méranja c'est déjà suant, reconnaissons le, nous non plus adultes nous n'aimons pas ça, alors si en plus ça ne va jamais comment c'est fait ou bien on doit faire exactement ce que l'autre pense utile quand il le pense utile …. l'envie de participer a vite faite de s'enfuir loin !

Depuis que nous avons mis ça ensemble, ça fonctionne mieux qu'avant, même si ce n'est pas idéal comme dans mes rêves ;)

Vous en pensez quoi de cette idée de liberté obligatoire ?

J'ai choisi une cible comme image pour illustrer cette piste de réflexion. Parce que je veux vous parler de défi. De défis pour vos enfants et de défi pour vous.

Pour vos enfants, les défis et les jeux peuvent les aider à mettre du plaisir dans la réalisation des tâches ménagères.

Ça peut marcher à tous les âges, pour peu que vous adaptiez le défi à leur âge bien sur !

Quelques idées en vrac (donnez nous les vôtres !) :

  • on dirait que les petites voitures voudraient rentrer au garage « Oh je suis la voiture rouge et je suis triste ici n'importe où sur le plancher, vitre vroum vroum je rentre au garage ! »

  • je te parie que tu ne peux pas mettre la table en moins de 5 minutes !

  • Je te mets au défi de ranger ton bureau mieux que ce que je vais ranger le mien !

  • Chaque fois qu'on range un objet on propose un geste de danse et tout le monde doit le faire !

  • Etc, etc …

Lancer des défis, proposer des jeux peut mettre du plaisir dans des tâches qui en général n'en contiennent pas et ça aide à les faire. On peut aussi proposer un plaisir après la tâche : j'ai pas envie de ranger moi non plus, allez pour se motiver quand on a rangé 10 minutes on fait une partie de ce jeu ensemble !

Mais on ne peut pas non plus ajouter du plaisir à tout, tout le temps. Parfois c'est suant et il faut juste le faire.

C'est là que c'est à vous de relever un défi ! Celui de ne pas oublier votre objectif.

C'est quoi votre objectif ? D'avoir de l'aide ou que vos enfants rangent en trouvant ça merveilleux ?

Et si vous les laissiez faire … en râlant ! Après tout, ils ont bien le droit de trouver ça suant, nul, inutile, insupportable, j'en passe et des meilleures.

On a souvent tendance à essayer de convaincre nos enfants qu'ils ont tord d'être frustrés de devoir ranger leur chambre ou mettre la table en leur expliquant que c'est utile, que ça nous aide, qu'il faut qu'ils participent etc …

Et ce faisant, on oublie qu'ils ont bien le droit de trouver ça nul ! (Vous trouvez ça fun vous le ménage ? Pas moi).

On peut donc écouter et accueillir leur frustration, sans les laisser se perdre dedans et ressasser «  c'est nul » en boucle.

On peut donc leur dire quelque chose comme ça (sincèrement bien sur, sans sarcasmes) :

C'est vrai que ranger sa chambre, c'est suant, tu dois arrêter de jouer pour juste ranger, c'est vraiment vraiment nul.

A partir du là, tu as un choix difficile à faire. Soit tu ranges en râlant, en t’énervant beaucoup parce que c'est vraiment trop nul, et ça sera sûrement un moment très difficile à passer mais au moins on saura combien c'est nul. Soit tu essayes d'en faire un moment un peu moins pire, en râlant juste un peu moins. Peut être que comme ça, ça passera plus vite. Ou pas, c'est pas sur. En tout cas, c'est à toi de choisir.

Et puis vous le laissez faire. En râlant un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. En n'oubliant votre défi : ne pas oublier que votre objectif c'est qu'il ou elle vous aide, pas qu'il le fasse en trouvant que c'est le truc le plus fun de la terre !

Est ce que vous avez déjà essayé ? Vous en pensez quoi ?

Je ne pouvais pas faire un article à thème « les tâches ménagères et la participation des enfants » sans parler de :

la répartition dans le couple parental.

Dans un couple parental, il est fréquent qu'une des deux personnes portent une charge ménagère, organisationnelle, et familiale plus importante que l'autre, et ce sans que ça soit réellement choisi.

Parmi les axes de réflexion que je vous ai proposé pour les enfants, il y a au moins deux qui peuvent aussi très utile dans le couple :

- la responsabilité complète.

Confier à chaque membre du couple la responsabilité complète de quelque chose, c'est se décharger de la charge mentale. Souvent, il faudra un certain temps pour que l'autre prenne réellement en charge cet aspect mais lorsque ça sera le cas : quelle libération de ne plus y penser du tout !
Chez moi par exemple mon mari a la responsabilité complète du linge et moi du rangement de la cuisine le soir. Ce qui signifie que l'autre n'y pense pas, ne s'en tracasse pas. Ce qui ne signifie pas que nous ne nous aidons pas mutuellement si besoin mais celui qui a la responsabilité complète doit le demander, car l'autre n'y pense pas ... par définition !

- accepter que l'autre fasse en manifestant son raz le bol

Un outil pour engager la réflexion dans le couple

Concernant la fameuse charge mentale, si vous pensez qu'un des deux la porte plus (ce qui est le cas dans la majorité des cas) alors que les 2 membres du couple sont d'accord sur le principe d'une répartition équitable en théorie, alors je vous propose l'outil de la cible pour évaluer à quel niveau chacun est impliqué dans une tâche :
Niveau 0 : Profiter du truc fait et ne rien faire
Niveau 1 : Faire le truc
Niveau 2 : Vérifier ce qui est nécessaire pour faire le truc
Niveau 3 : Anticiper : prévoir le nécessaire ou anticiper les éventuels couacs
Niveau : Organiser et concilier : organiser à l'avance, gérer les question émotionnelle, proposer ....

Voici l'exemple de ces cibles remplis pour un dimanche en famille :

Faites une cible pour les tâches dont vous avez de parlé, remplissez chacun votre cible de votre coté et ... parlez en !
(Ce n'est possible que si votre relation de base est suffisamment bonne)

(Cet outil a été proposé par Sandrine Donzel de S Comm C)

Et chez vous, ça se passe comment la charge mentale ?

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Si vous avez aimé cet article la meilleure chose à faire pour me remercier c'est de le partager autour de vous !

 

Publié le 14 juin 2020 par Dominique Vicassiau Au Quotidien : La Vie Avec Les Enfants


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