Les enfants (et les adultes) manquent de volonté ! Ou pas ...

Tout le monde le dit : il faut que les enfants (et les adultes) aient plus de volonté : si les enfants avaient plus de volonté : ils rangeraient leur chambre, feraient leurs devoirs, diraient s'il te plaît, ne passeraient pas la journée sur leur smartphone, etc …

Si les adultes avaient plus de volonté, ils maigriraient, arrêteraient de fumer et même de crier sur leurs enfants !

Vraiment ? Et si ça n'avait rien à voir avec la volonté ? Et puis : c'est quoi la volonté déjà ?

La volonté est très valorisée dans notre monde d'aujourd'hui, c'est le fameux « Quand on veut, on peut ! » et toutes la valorisation de ceux qui ont eu la volonté de (s'en sortir, réussir, maigrir, tenir bon … la liste est sans fin).

Pour les enfants, nous le faisons aussi : nous valorisons la ténacité, nous insistons sur les efforts à faire, sur la volonté. Sur la bonne et la mauvaise volonté d'ailleurs. Quand un enfant ne fait pas ce que nous lui demandons, nous pensons vite :

C'est pas possible ! Il y met de la mauvaise volonté !

et si il ne réussit pas mais qu'on a l'impression qu'il a fait des efforts alors on jugera :

Il est de bonne volonté, il a fait tout ce qu'il a pu !

C'est quoi la différence entre la bonne et la mauvaise volonté ? Et bien c'est très simple :

  • la bonne volonté, c'est la volonté que quelqu'un déploie dans votre sens, pour faire ce que vous avez envie qu'il fasse. Un enfant est dit « de bonne volonté » quand les adultes sont convaincus que l'enfant essaie de faire ce qu'on lui demande de faire.

  • La mauvaise volonté c'est l'inverse : c'est la volonté qui ne va pas dans votre sens. Un enfant est dit de « mauvaise volonté » quand il est censé ne pas être d'accord avec vous et qu'il sabote la réussite, il fait des efforts « à l'envers ».

Enfin, c'est ce qu'on dit. Bien sur, ça existe un enfant qui fait express de rater, parce qu'il n'est pas d'accord et dans ce cas là, je vous invite à vérifier les jeux de pouvoirs que vous entretenez, voire avez initié.

Mais ce n'est pas de ça dont je veux parler aujourd'hui. Aujourd'hui, je veux parler de la place énorme qu'on donne à la volonté. A tort.

Un enfant de « mauvaise volonté » c'est souvent juste un enfant qui n'y arrive pas. Et la volonté n'a rien à voir la dedans. Parce que :

Essayer, rater et recommencer : c'est avoir beaucoup de volonté !

Et oui !

Décider de faire ses devoirs de suite en rentrant de l'école, ne pas le faire et re-décider de faire ses devoirs de suite en rentrant de l'école c'est avoir beaucoup de volonté.

Oui même si sur le moment, on ne fait jamais ses devoirs en rentrant de l'école.

Avoir la ferme intention de ne pas passer la soirée sur son smartphone tous les jours depuis 6 mois c'est avoir une volonté de fer qui résiste à l'épreuve de la réalité !

Et comment dire que l'enfant qui annonce chaque dimanche qu'à partir d'aujourd'hui il va ranger sa chambre manque de volonté ? Il fait preuve de volonté chaque dimanche, chaque dimanche il décide, il fait preuve de volonté : à partir de maintenant, c'est décidé, il va ranger sa chambre tous les jours, à chaque fois qu'il y aura besoin ! Il a pris une décision ferme, rationnelle, par lui même. Si ce n'est pas de la volonté c'est quoi alors ?

Mais alors pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi l'enfant n'y arrive pas ?

Vous me répondrez sûrement que l'enfant a de volonté quand il décide mais pas quand il ne tiens pas sa décision, chaque jour où il ne range pas : il manque de volonté.

Peut être. Ou peut être pas. Et si pour tenir sur le long terme, pour prendre une nouvelle habitude, pour acquérir une nouvelle compétence, ce n'était pas de volonté dont nous avons besoin ? Dont nos enfants ont besoin ?

En réalité, le moteur de nos actions et apprentissage, ce n'est pas la volonté mais l'émotion !

Vous avez sûrement vous même tenté de changer quelque chose chez vous sans y arriver : avoir une maison rangée et propre, arrêter de fumer, ne plus crier, reprendre le sport, etc …

Vous avez la volonté. Vous savez pourquoi vous voulez faire ça, vous savez tout le bénéfice que vous allez en tirer, vous avez décidé de faire les efforts nécessaires.

Et vous le faites. Pendant 5 jours. Ou 3 semaines.

Et après ? Et bien après, vous refaites preuve de volonté ! Vous re-décidez. Et ça recommence.

Et d'autres fois, ça c'est passé différemment. Vous avez décidé et vous avez fait, ça n'a pas forcément été facile en soi mais vous avez fait tous les pas sans avoir à re-décider encore et encore.

Quelle différence ? Vos émotions. Vous avez agi quand c'était agréable, que vous preniez plaisir à faire l'action. Ou bien quand le bénéfice était très important et pas trop lointain : vous étiez même impatient·e. Ou bien quand vous aviez vraiment peur de la conséquence si vous le faisiez pas.

Bref, votre moteur : c'était une émotion. Pas la volonté. Et pour les enfants c'est pareil. La volonté ne suffit pas. Si la chose à faire n'est pas agréable, si le bénéfice n'est pas certain, pas assez important ou trop lointain : la volonté ne suffira pas.

Parfois aussi la volonté ne suffit pas parce ce que c'est trop difficile

Cela peut nous arriver à nous aussi. Si je veux faire quelque chose dont je ne suis pas capable et bien je ne pourrais pas, quelque soit ma volonté.

Et c'est pareil pour nos enfants. C'est même très fréquent que nous demandions à nos enfants des choses dont ils ne sont pas encore capables.

Par exemple, un enfant ne pourra pas ranger sa chambre seul avant au moins 7 ou 8 ans, et encore si il a appris avant à le faire. Avant cet âge, les enfants sont en général débordés par tout ce qu'il y a à faire en même temps et ont besoin d'être guidé pour savoir par quoi commencer etc.

Pourtant, il pourra avoir la volonté de le faire, parce qu'il voudra se conformer à ce que vous voulez ou parce qu'il apprécie d'avoir sa chambre rangée.

Mais sa volonté ne pourra rien faire face à sa difficulté « technique ».

Alors la volonté ça ne sert à rien ?

A ce stade, vous vous dites peut être : mais alors la volonté ça ne sert à rien ?

Si, bien sur que la volonté est utile, mais c'est rarement à cause de la volonté que les enfants n'arrivent pas à faire ce qu'ils ont envie de faire. (et pour nous c'est pareil bien sur).

Alors à quoi sert la volonté ?

La volonté, ça sert à vérifier si on est d'accord

La volonté c'est l'expression de ce que l'on veut, ou de ce que l'on ne veut pas. La volonté c'est donc l'expression de notre consentement.

Pour nos enfants, c'est pareil : leur volonté c'est l'expression de leur consentement ou pas bien sur.

Permettre aux enfants d'exprimer leur volonté, de faire ou de refuser, c'est donc essentiel, car ça leur permet d'apprendre à se respecter eux même.

Et entendons nous bien : être d'accord ne veut pas dire être content !

Je peux avoir la volonté d'arrêter de fumer. Mais ne pas être content de prendre cette décision, parce que fumer j'aime ça.

Pour nos enfants c'est pareil, ils peuvent vouloir quelque chose, sans être content de ce changement. Je ferais sûrement un article sur ce sujet car cette confusion entre être d'accord et être content est la source de pas mal de difficulté pour les adultes qui accompagnent des enfants.

La volonté, ça sert surtout à démarrer !

Et oui !

La volonté n'est ni un moteur ni de l'essence mais un démarreur !

C'est là notre erreur. La volonté n'est qu'un démarreur.

Si nous comparons à une voiture : le démarreur est indispensable, si vous avez un moteur et aucune solution pour le démarrer, vous n'irez pas bien loin !

De la même façon, si vous ne décidez pas de changer, si votre enfant ne veut pas faire ce que vous voudriez qu'il fasse, il ne se passera rien.

Mais si vous tournez la clé et que vous n'avez pas de moteur ou pas d'essence, ou pas beaucoup, vous n'irez pas bien loin non plus !

De même, si votre enfant a la volonté de ranger sa chambre ou de ne pas passer la soirée sur son smartphone mais qu'il n'a pas d'essence à mettre dans son moteur, pas une émotion qui le motive et bien il risque fort de ne pas y arriver !

Alors comment on fait pour aider notre enfant à réussir ce qu'il a décidé de faire ?

Et bien on peut vérifier d'abord si l'enfant a bien la volonté, s'il est d'accord, si le démarreur est là.

Et si c'est le cas, on peut l'aider à mettre de l'essence dans son moteur et pour cela, on peut :

  • partager les choses à apprendre, à faire en petits pas plus accessibles, où l'enfant pourra se projeter dans la réussite : ranger uniquement les livres, ou poser le smartphone 5 minutes seulement,

  • rendre l'activité agréable en elle même : mettre la musique pour ranger la chambre, ou choisir une activité agréable à faire quand on pose le smartphone,

  • vérifier si l'enfant est capable de faire ce qu'on lui demande, si c'est « de son âge », si c'est dans ses capacités, et si non : reconsidérez la demande, voir ce que l'on peut simplifier, modifier pour que ça soit possible par exemple,

  • réfléchir avec lui à des moments pour célébrer les progrès : quand telle étape est atteinte : on fait la fête !

Et si vous n'arrivez pas à l'aider, si ça bloque : contactez moi !

En conclusion, je résumerai en disant : la volonté c'est chouette pour savoir ce que l'on veut et pour démarrer mais pour changer, ça ne suffit pas du tout !

La volonté c'est le starter mais pour avancer il faut de l'essence ! Du plaisir, un objectif qui motive, un moteur.

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Pour aller plus loin, une vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=fJM7GNB59AU

 

 

Publié le 10 octobre 2019 par Dominique Vicassiau C'est La Vie (ou Pas)


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