Les conflits entre parents et enfants sont-ils un problème ?

Pendant tout le mois de décembre 2018, je vous parle des mythes qui nous empêchent d'être le parent que nous avons envie d'être. Les précédents articles :

  "Il parait qu'on ne peut pas faire confiance aux enfants ..." 

"En éducation, soit c'est noir, soit c'est blanc ...vraiment ?" ,

 "Les enfants sont toujours capables de faire ce qu'on leur demande de faire" 

 "Je suis seul responsable de l'éducation de mes enfants ... ou pas ?"

"La punition est un impératif moral, une idée qui nous pousse à punir malgré nous".

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Le mythe du jour est : "Les conflits entre parents et enfants sont un problème. "

En lisant le mythe, vous vous dites surement : je sais où est le mythe ! Ce n’est pas les conflits “entre parents et enfants” qui sont un problème, c’est les conflits … tout court !

Raté.

Les conflits ne sont pas un problème. Ni entre parents et enfants, ni les conflits tout court.

Les conflits sont en fait : une solution ! Si, si.

Une solution ? Sérieux ?? Mais une solution à quoi ? Et bien une solution à la vie en communauté, une solution à la vie sociale, une solution au fait que les autres existent en fait. Les conflits sont là pour nous signaler quand nos besoins et ceux des autres ne s’équilibrent pas spontanément et qu’il faut donc intervenir. Comme quand on marche dans un couloir.

Quand on marche dans un couloir et qu’on croise quelqu’un, il arrive souvent qu’on se croise sans faire attention et sans se cogner, pour peu que le couloir soit assez large. Si le couloir est très large d’ailleurs, genre carrément un hall, et que nous ne sommes que deux on peut même à peine remarquer qu’on a croisé quelqu’un. Mais si le couloir n’est pas large du tout, si on ne fait pas attention on pourrait cogner la personne que l’on va croiser si on n’avait aucun moyen de savoir qu’elle est là. Mais en général on la voit et quand on arrive face à face : on s’arrête, on constate qu’on ne peut pas passer à deux, on essaie parfois de passer à droite, non à gauche, non pas ensemble du même coté lol. Et on se met chacun de profil et on passe.

Un conflit sert à savoir que le couloir de la vie n’est pas assez large à cet endroit là, ce moment là et qu’il faut s’adapter. L’avantage dans les conflits entre parents et enfants est qu’on peut souvent agir aussi sur la largeur du couloir !

Des exemples :

  • Mon enfant veut toucher mon vase préféré et moi je veux qu’il reste entier,
  • Mon enfant veut encore jouer avec moi et moi je veux dormir,
  • Mon enfant veut rester à la maison et moi je veux aller faire des courses,
  • Mon enfant veut aller au parc faire du toboggan et moi je veux rester tranquille à la maison,
  • Mon enfant veut sortir au cinéma seul avec ses copains et moi j’ai peur pour sa sécurité etc, etc ...

Sans conflit, sans désaccord, je risque de ne pas voir qu’il y a besoin d’un réajustage.

Et je risque d’ignorer et de ne pas prendre en compte soit mon besoin soit celui de mon enfant.

Parfois mon enfant coopère trop, il s’adapte trop à mes demandes, et il le fait souvent parce qu’il croit que je ne pourrais pas faire autrement.

Parfois je m’adapte trop à mon enfant, j’évite les conflits de façon systématique, parce que je crois que c’est mon rôle de toujours passer après. 

Ca ferait quoi ça dans un couloir ? Ca ferait quelqu’un qui marche toujours collé au mur, pour éviter de prendre le risque de croiser quelqu’un. Confortable ? Pas trop.

Quand on veut éviter les conflits à tout prix, on fait ce que Jesper Juul appelle “coopérer aux dépens de son intégrité” et quand on fait ça : on consomme une grande énergie d’adaptation. Et ça ne peut jamais durer éternellement.

Et que ce passe t’il quand on ne peut plus continuer ? On craque.

Quand on est un enfant, ça se traduit souvent par : une multiplication des demandes, des pleurs et des crises, une attitude “aggressive” envers les autres enfants ou son parent, etc, etc …

Quand on est un parent, ça se traduit souvent par : des décisions arbitraires “parce que ça suffit comme ça”, des cris, et même des tapes, etc …

Alors on fait comment ?

A l’avance : on agrandit les couloirs en anticipant les causes de conflit : on enlève les vases de sa hauteur, on demande de l’aide à quelqu’un pour les courses, on installe un toboggan dans le jardin, etc, etc … Pour agrandir les couloirs, il faut se poser la question des ressources : quelles ressources je peux trouver pour nous simplifier la vie à mon enfant et à moi ?

Sur le moment : on respire un grand coup, on se dit “heureusement que ce conflit me signale une adaptation nécessaire” et on s’adapte ! ;) Et surtout : on n’oublie pas que zéro conflit c’est non seulement impossible mais même pas souhaitable puisque les conflits sont la solution pour connaître les besoins de chacun !

Pensez y la prochaine fois ;)

Et si vous connaissez des parents qui évitent les conflits à tout prix, partagez leur cet article !

 

Cet article est paru pour la première fois dans le cadre du calendrier de l'avent sur les mythes éducatifs offert sur ma page et sur celle de Vicky Brougiannaki en Décembre 2018 :

 

Publié le 14 décembre 2018 par Dominique Vicassiau Et aussi…


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