Le Parent chef de meute de Jesper Juul : ce dont ça parle et ce que j'en pense !

Il est essentiel de comprendre qu'il existe une différence significative entre leadership ou autorité et éducation, bien que les deux soient constamment confondus, voire synonymes dans le langage courant.

Afin d'élever et d'éduquer les enfants, il est nécessaire d'assumer une forme de leadership, c'est à dire d'exercer son autorité. Si l'adulte est incapable de le faire, le refuse ou l'exerce de manière destructive, rien ne réussira puisque ni l'adulte n'atteindra ses objectifs, ni l'enfant ne pourra se développer et s'épanouir en tant qu'individu.

Ce paragraphe, qui est situé dans les premières pages du livre de Jesper Juul « Le Parent chef de meute », donne le ton et peut surprendre.

La suite est tout aussi claire :

Si ils veulent construire des relations saines et constructives entre adultes et enfants, les adultes doivent faire preuve de leadership. 

Ça, c'est dit.

Mais qu'est ce que ça veut dire faire preuve de leadership ?

Ce mot, emprunté à l'anglais et à l'entreprise, peut faire peur. Jesper Juul utilise d'ailleurs aussi le mot d'autorité comme un quasi synonyme de leadership.

Mais comme autorité risque de vous faire encore plus peur que leadership, ça ne va pas trop nous avancer.

Revenons au commencement : à un moment de votre parentalité, au tout début quand bébé n'était encore qu'un espoir, ou bien plus tard quand il a su vous montrer ses limites, vous avez décidé de changer de modèle éducatif, de sortir du modèle qu'on pourrait encore appeler « le modèle classique », celui avec coin, punitions, menaces, moralisation, récompenses, voire petites tapes éducatives, moqueries, privations. Vous avez décidé de choisir une parentalité non-violente.

A partir de là, les difficultés ont commencé. Parce que vous n'aviez pas d'acquis et de réflexes en matière d'éducation sans violence. Parce que vous aviez compris que vous deviez remettre en cause la plupart de vos certitudes précédentes et que c'est pas facile à faire et que vous ne savez pas comment trier. Parce qu'il faut reprogrammer votre pilote automatique et que ça prend du temps (spoiler : ça prend des années en tout).

Et parmi ces difficultés, il y en a qui sont créées par votre volonté de bien faire. C'est suant la vie parfois je sais.

Et parmi ces difficultés qui sont créées par la volonté de bien faire il y a : le rejet de toute autorité.

Le raisonnement est logique : vous avez observé que les violences éducatives sont liées en général à des situations où l'adulte veut imposer sa volonté, sa vision des choses quel que soit le prix à payer par l'enfant et par la relation. Et vous avez tout à fait raison. Et vous savez aussi qu'on appelle ça « avoir de l'autorité ». Là aussi vous avez raison. Alors vous en avez conclu que l'autorité c'est mal, imposer quelque chose à son enfant c'est mal, et même que influencer son enfant c'est mal (c'est manipulatoire !!!). Mais là, permettez-moi de vous le dire cash : vous êtes passé·e un peu trop vite de l'observation à la conclusion.

Oui les violences éducatives arrivent dans des situations où l'adulte veut imposer sa vision. D'ailleurs la majorité des maltraitances ont lieu dans un contexte éducatif, et on peut supposer que ça n'est pas étranger au fait que la société transmet le message : « Tu dois faire obéir ton enfant coûte que coûte ». Et oui c'est un sacré problème. Heureusement, aujourd'hui, l'évolution des mentalités à ce sujet a commencé, une loi contre les violences dites éducatives a même été voté cet été.

Mais l'autorité, ça n'est pas la violence. Le leadership ça n'est pas l'abus de pouvoir. C'est là que réside l'erreur.

Les enfants ont besoin de liberté, de pouvoir personnel, de choix, d'être pris au sérieux. Sans aucun doute.

Mais cela ne signifie pas qu'ils n'ont pas aussi besoin de guide, de résistance, de non-choix, de vous découvrir et vous prendre au sérieux.

Je vais vous raconter une histoire personnelle à ce sujet. Dans pas mal de domaines, je n'ai jamais abandonné le leadership même après avoir choisi l'éducation sans violence. Mais j'ai aussi fait cette erreur de croire qu'être attentive à laisser mes enfants libres de leurs avis, de leurs choix cela voulait dire que je devais être attentive à toujours les influencer le moins possible, surtout lorsque le sujet n'avait pas d'impact ni sur leurs besoins ou leurs sécurités ni sur mes besoins à moi.

J'ai appliqué ce précepte pendant des années, en particulier vis à vis de mes avis. Je ne donnais pas à mes enfants mon avis sur beaucoup de choses, pour ne pas les influencer, pour les laisser libres.

Et ma fille aînée me réclamait souvent mon avis. Avec une grande ténacité et une grande clarté.

  • Mais Maman dis-moi quelle robe tu préfères que j'achète !!! 
  • Ce n'est pas important qu'elle me plaise à moi, c'est pour toi ! Tu peux choisir celle que tu veux toi !

 

  • Mais Maman dis-moi si j'ai raison d'avoir dit ça à ma copine ! J'ai eu raison hein ? C'est bien d'avoir dit ça ?
  • Rien n'est bien ou mal dans l'absolu. Ce qui compte c'est que c'était juste pour toi à ce moment là !

 

  • Mais Maman dis-moi si je dois mettre un bonnet aujourd'hui ? Il fait froid tu crois ?
  • Ce n'est pas à moi de t'imposer un bonnet si tu n'as pas froid, est ce que tu as froid ?

Oui je sais, il n'y avait pas que ma fille qui faisait preuve de ténacité. Moi aussi j'étais tenace. Tenace à refuser de l'influencer. Parce que c'est violent d'influencer, parce que proposer de choisir entre le bonnet rouge et le bonnet bleu, c'est de la manipulation et moi j'ai décidé de ne pas manipuler, parce que j'avais conscience que nos enfants donnent beaucoup trop d'importance à nos avis et que si je donnais mon avis, elle ne serait plus libre du sien.

Et puis un jour, au retour d'une réunion parents/profs au début du collège (oui j'ai été tenace …) elle me demande mon avis sur les profs et je réponds quelque chose comme : « Je n'ai pas d'avis, ce qui compte c'est ce que toi tu en penses ! ».

Et là, elle a « décidé » que la patience, ça suffisait et qu'il fallait qu'elle se positionne un peu plus fermement, non mais oh c'est pas possible cette mère qui n'a jamais d'avis ! Et elle m'a dit quelque chose comme ça :

Mais c'est pas possible Maman ! Bien sur que tu as un avis ! Bien sur que tu as trouvé que certains étaient nuls, et d'autres sympas. Arrêtes de faire semblant de ne pas avoir d'avis !!! J'en ai marre d'essayer de deviner ce que tu penses. Comment je peux savoir si je suis d'accord avec toi si tu ne me dis jamais ce que tu penses ? Tu me saoules.

Ouche.

Mince alors. « Comment je peux savoir si je suis d'accord avec toi si tu ne me dis jamais ce que tu penses ? ». En une phrase, elle m'a fait réaliser une chose qu'on oublie quand on veut « des enfants libres ». C'est que les enfants libres de toute influence … ça n'existe pas ! Et les adultes libres non plus d'ailleurs. Ne pas lui donner mon avis pour ne pas l'influencer … était une façon de l'influencer puisqu'elle mettait alors son énergie à essayer deviner ce que je pensais, elle n'était pas « libre  de tout »  !

Oui demander à choisir entre le bonnet rouge et le bonnet bleu c'est manipulatoire. Oui un enfant ne sera plus totalement libre de son avis si vous avez donné le vôtre. Mais faire croire à votre enfant que vous vous en fichez qu'il mette un bonnet, c'est manipulatoire aussi : vous le « forcez » à choisir sans votre avis, sans votre « expertise », finalement c'est aussi le pousser à se conformer à votre vision de ce qui est bon pour lui.

(sauf si c'est vrai bien sûr, que vous vous en fichez du bonnet, mais dans ce cas là vous ne vous poserez pas la question d'utiliser ou pas le faux choix).

De façon générale, ne pas verbaliser vos avis ne rendra pas votre enfant plus libre, ça le rendra juste plus confus.

Je veux que tu mettes un bonnet. Le rouge ou le bleu ?

Je n'aime pas du tout ta prof de défense contre les forces du mal cette année, elle a un petit coté traditionaliste qui m'exaspère, j'aimais beaucoup mieux ton prof d'il y a 2 ans, je le trouvais pleinement humain ... paradoxalement ! Et toi tu en penses quoi ?

Dans « Le Parent chef de meute », Jesper Juul nous propose et nous décrit 4 pierres angulaires pour comprendre ce qu'est le leadership adulte :

  • l'autorité personnelle

L'autorité personnelle est « la seule alternative durable à l'autorité historiquement basée sur les rôles ».  « Réinventer [l'autorité] et continuer à chercher des manières de l'exercer qui ne portent pas atteinte à l'intégrité personnelle de celles et ceux qui sont guidé·e·s, et assurent aussi à celles et ceux qui l'exercent de protéger la leur [est] l'énorme défi auquel sont confrontés les parents et les pédagogues aujourd'hui. »

« La bonne nouvelle est que tout cela est possible et permettra d'améliorer la qualité de notre propre existence, de notre travail et de nos relations personnelles ».

« La responsabilité personnelle découle de la prise de conscience que nous sommes responsables de nos actions et de nos choix » (j'ajouterai ainsi que de nos non-choix) « de la façon dont nous avons choisi de les vivre, et de la façon dont nous choisissions de prendre soin de nos familles et d'élever nos enfants ».

« Notez que je parle de responsabilité, et pas de culpabilité. Nous sommes, toutes et tous, coresponsables de la façon dont nos proches se développent. C'est inhérent à la nature même de ces relations de proximité. Nous ne sommes cependant pas coupables de tout ce qui leur arrive. »

« Il est intéressant, et toutefois quelque peu déprimant, de constater que la majorité des livres et des articles sur la parentalité et l'éducation sont entièrement consacrés à la description des besoins des enfants et n'apportent que peu d'éléments sur les besoins des adultes. C'est regrettable, car la plupart des choses que nous faisons avec nos enfants sont colorés et influencés par ce que nous sommes, par nos histoires personnelles, nos personnalités et par les stratégies de survie que nous avons, toutes et tous, mises en place dans nos familles d'origine. » « Notre responsabilité en tant que leaders est d'être conscient·e·s de ce fait, et d'entreprendre quelque chose à ce sujet si besoin est. »

  • l'apprentissage réciproque

« Historiquement, élever les enfants, les éduquer, a été considéré et même défini comme une voie à sens unique où tout ce qui est précieux et important va et descend de l'adulte vers l'enfant. Cette rue à sens unique est aujourd'hui devenue une impasse où tout le monde se retrouve coincé. »

Jesper Juul nous propose alors de voir la relation adulte/enfant comme un apprentissage réciproque.

« Le Parent chef de meute » est vraiment un livre à lire. Il vous permettra de réfléchir à votre autorité, à votre leadership. Il vous aidera à choisir comment assumer ce leadership, à votre façon, celle qui vous ressemble et qui répond à vos valeurs, comme c'est détaillé longuement dans le chapitre sur les valeurs.

Une petite clarification nécessaire

Je veux maintenant faire ce que j'ai trop refusé de faire avec mes enfants à une époque : je veux aussi vous dire clairement ce que je n'ai pas aimé dans ce livre. Il y a plusieurs choses que je n'ai pas aimées, comme toujours, il est impossible de tout aimer dans un livre, même dans un bon livre, mais il y a surtout un point important à clarifier pour moi : ce livre contient un chapitre qui s'intitule « Leadership féminin et masculin ». Je vais faire simple : je suis en total désaccord avec chaque mot de ce chapitre. Cela fait longtemps déjà que je sais que je suis en désaccord avec la vision des « différences » entre les mères et les pères de Jesper Juul. J'écrirai un de ces jours un article détaillé sur ce sujet en collaboration avec David Dutarte, le responsable du Family Lab France, avec qui j'ai bien sûr déjà discuté de ça. (et qui est à l'origine de la présence de l'écriture inclusive dans la traduction française de « Le Parent chef de meute »).

Ce point clarifié, je précise quand même que ce fameux chapitre ne fait que 2 ou 3 pages et que sa présence ne devrait pas vous empêcher de lire ce livre, qui pourrait vraiment vous aider à devenir encore un peu plus le parent que vous voulez être !

Je ne vais pas vous en dire plus sur ce livre. Parce que je vous propose de le gagner !

Comment faire pour le gagner ? Et bien il vous suffit de commenter ou de partager ma publication Facebook du jour de mon calendrier des #ParentsConfiants. C'est par ICI.

Avant de conclure, je veux vous proposer un action à faire, un pas à tenter pour assumer mieux votre leadership au quotidien.

Il s'agit de ce que j'appelle l'exercice de la « carte blanche ». Prenez une feuille blanche et écrivez en haut « je donnerais carte blanche pour s'occuper de mes enfants à une personne si cette personne …. » et complétez ensuite la phrase avec autant de propositions qu'il vous en vient. Et puis relisez cette liste et tirez-en vos 5 valeurs les plus importantes. Et parlez de ces valeurs à votre enfant, ce soir, avec vos mots, selon son âge, dites-lui ce qui compte pour vous.

 

Je conclurai cet article en citant une phrase du livre qui parle de confiance, puisque c'est le thème de mon calendrier de l'avent #ParentsConfiants, et parce que c'est le nom que j'ai choisi pour mon club des Parents Confiants, club de parents en ligne que je propose à partir de janvier pour vous accompagner dans l'évolution de votre leadership :

Les enfants n'ont pas besoin de toute l'attention dont nous pensons qu'ils ont besoin, mais ils ont besoin de nous prêtions attention à leurs intentions et que nous leur fassions confiance.

Et si cet article vous a plu : je peux vous faire confiance pour le partager ? 

 

Publié le 05 décembre 2019 par Dominique Vicassiau Des Livres, Jeux Et Jouets - Mes Avis, Mes Conseils


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