Laisser les enfants libres de choisir ET leur faire manger des fruits : c'est possible !

Aujourd'hui, l'idée de respecter les enfants et leur liberté se diffuse de plus en plus dans la société, auprès des parents et des professionnels. Et c'est une bonne chose.

Parce que les enfants sont des personnes et que comme toutes les personnes, les grandes et les petites, ils méritent le respect de leur personne, de leur dignité et leur liberté personnelle.

En même temps, les éducateurs, les éducatrices, les parents se rendent bien compte que souvent, les enfants font des choix qui ne sont pas dans leur intérêt.

« Je ne veux pas m'attacher dans la voiture »

« Je veux encore du gâteau et des bonbons, non je ne veux pas la pomme »

ou bien, comme les adultes, ils comprennent l'intérêt de certains choix mais n'arrivent pas à les mettre en pratique :

« Je ne veux pas passer 3 heures sur Instagram plutôt que faire les devoirs mais je ne peux pas m'en empêcher ! »

Alors les adultes se sentent bloqués.

Quelque chose (spoiler c'est leur sens de la responsabilité sociale, bientôt un article sur le sujet), quelque chose donc les pousse à avoir envie de passer outre le choix de l'enfant et de le forcer, parce que c'est pour son bien !

Et en même temps, quelque chose (spoiler c'est aussi leur sens de la responsabilité sociale …) les pousse à refuser de forcer les enfants, à refuser de dire « pas de téléphone tant que tu n'as pas fait tes devoirs ! ».

Et aujourd'hui, c'est de ce dilemme, apparemment insoluble, dont nous allons parler.

Pourquoi ne pas juste laisser les enfants choisir ?

C'est une bonne question. Après tout, on peut faire confiance aux enfants. De plus, dans de très nombreux cas, les êtres humains, enfants comme adultes, sont équipés pour gérer leurs besoins.

C'est le cas de la faim par exemple. Ou plutôt des faims. Car il existe des faims spécifiques, oui on a faim de tel ou tel aliment en fonction de nos besoins ! C'est pas magique ça ? Et quand on mange trop, et bien la faim suivante est spontanément retardée et atténuée pour nous permettre de compenser. Et ce système est en marche dès la naissance.

Merveilleux. Du coup, il suffit de laisser les enfants manger à leur faim et c'est réglé : plus aucun problème de nourriture, ni en quantité grâce à la faim et à la satiété, ni en qualité grâce aux faims et satiétés spécifiques. C'est ça ?

Oui et non.

Oui, effectivement respecter la faim de votre enfant, c'est une très bonne base pour éviter à votre enfant beaucoup de problèmes présents et futurs avec l'alimentation. Des règles extérieures comme : finir son assiette, ne pas manger entre les repas, manger les légumes pour avoir droit au dessert sont très risquées : elles vont déconnecter l'enfant de sa faim et du coup … il va manger uniquement en fonction de ses envies, des ses émotions et du contexte. Vive les orgies de bonbons dès que possible, les refus de manger, etc, etc …

Mais non aussi. Non respecter la faim de votre enfant ce n'est pas une solution magique. Parce que plein de choses peuvent venir perturber les choses : sa fatigue, les contraintes sociales, les aliments disponibles, etc, etc …

Et c'est pareil pour tout : le sommeil, la soif, le besoin de se dépenser, de lien social etc, etc …

Donc faire confiance c'est la base. Une base qui n'est pas toujours suffisante.

Et quand ça dérive on fait quoi ? Rien au nom de la liberté personnelle ? Vraiment ?

Gardons une vision lucide des enfants !

Respecter la liberté personnelle des enfants c'est nécessaire. Mais si on prend toutes nos décisions uniquement en fonction de ça, on risque de se laisser emporter dans une vie difficile, où personne ne sera jamais content, avec des enfants qui font un peu tout et n'importe quoi et des adultes perdus et épuisés malgré leur excellentes intentions.

Et non, ce n'est pas parce que les enfants sont des pervers qui veulent prendre le pouvoir, gniark, gniark, gniark [insérer ici le rire démoniaque de votre choix].

Non.

C'est tout simplement parce que les enfants sont … des personnes, des êtres humains. Et des petites personnes en plus.

Faisons le point de quelques unes des raisons qui font que suivre « ce que l'enfant veut » a des limites dans les situations qui nous occupent :

  • Parce que « Quand on veut : on peut ?? » : c'est pas réaliste.

    Si c'était si simple : personne ou presque ne fumerait, personne n'aurait besoin de maigrir, et personne ne se dirait chaque jour « il faut que je passe moins de temps sur internet ».

    Vouloir ça n'est pas pouvoir. Sinon on n'aurait pas besoin de 2 mots. Vouloir c'est juste vouloir. Ça ne suffit pas. Même pour les adultes. Alors imaginez pour les enfants, qui sont plus soumis à leurs impulsions !

  • Parce que les enfants peuvent refuser ce qu'on leur propose, juste pour se sentir libres, pour être libres.

Et on tombe alors très vite dans un cercle vicieux : je veux que tu …./tu refuses de …/ alors je veux encore plus que tu … et tu refuses encore plus de …

  • Parce que les enfants sont des enfants.

    Et qu'ils ne peuvent pas tout comprendre, pas appréhender tous les risques. Un enfant de 2 ans ne peut pas réellement comprendre que s'attacher en voiture est indispensable. Ce n'est juste pas possible.

Avoir une vision lucide des enfants c'est cesser de croire qu'ils savent toujours ce qui est meilleur pour eux, c'est cesser de croire que même quand ils savent ce qui est meilleur pour eux ils ont forcément tous les jours envie de le faire, c'est cesser de croire que même quand ils ont envie de faire ce qui est le meilleur pour eux ils vont forcément y arriver !

Et c'est aussi éviter les démarches contre-productives, à base de cris et de crises, de stress, d'alternances de laisser faire et de forcer.

Vous me direz alors :

Oui mais si j'essaie de l'influencer : je ne respecte pas mon enfant !

Ce à quoi je vous répondrais : si je comprends bien, vous voulez de ne pas influencer votre enfant. Pour respecter sa liberté. Ok. J'ai une question : c'est possible ça de ne pas influencer ?

Non. Même si vous ne faites rien, vous influencez. Ne rien faire c'est déjà faire quelque chose.

De plus dans un grand nombre de situation, vous ne pouvez pas ne rien faire.

Vous êtes obligés de faire les courses et de les ranger dans votre maison par exemple. Et quand vous faites ça : vous influencez votre enfant : ce que vous achetez et où vous le rangez, ça l'influence.

Alors la question ne me semble pas être : comment ne pas influencer, mais plutôt dans quel sens influencer et comment influencer et respecter à la fois ?

Sur « dans quel sens influencer », j'y reviendrais sûrement dans un futur article un jour, mais aujourd'hui je vais me contenter de vous dire : renseignez vous vraiment sur ce qui est utile ou pas, sain ou pas, risqué ou pas (et non pas dangereux, allez voir mon live à ce sujet ici si vous ne comprenez pas la différence) puis choisissez.

Pour comment influencer et respecter à la fois et bien je vous présente :

Le Nudge : ou comment influencer nos enfants en les respectant !

Le nudge, ou coup de pouce, est une technique qui utilise nos connaissances actuelles sur le fonctionnement humain, pour pousser les gens, les enfants en l’occurrence ici, à adopter un comportement qui est bon pour eux.

Pour que le nudge soit à la fois efficace et respectueux, pour que ça soit un nudge donc et aussi et pour qu'il soit une option valable, il doit respecter 3 conditions :

  1. Il doit être dans l’intérêt de l'enfant.

    Si vous utilisez ce genre de technique dans votre intérêt à vous, ce n'est plus du nudge, c'est de la manipulation.

  2. Il ne doit pas être contraignant.

    L'enfant doit rester libre d'apporter le comportement souhaité tout comme le comportement non souhaité.

  3. Il doit être peu coûteux.

    En éducation, je vous propose d'entendre ce « peu couteux » à la fois comme peu coûteux en terme financier, mais aussi comme peu coûteux en terme de contraintes, d'efforts pour vous.

Reprenons notre exemple de l'enfant qui veut manger des bonbons plutôt que des fruits.

Quel est le comportement à favoriser dans l’intérêt de l'enfant ?

Manger des fruits plutôt que des bonbons.

Comment peut on faire de façon non contraignante et peu coûteuse ?

Et bien on peut installer les fruits en permanence sur la table de la cuisine et les bonbons dans une boite opaque, neutre et fermée dans le fond du placard.

Rien n'empêchera l'enfant d'aller prendre les bonbons quand même : ce n'est pas contraignant. Et c'est peu coûteux et facile à mettre en place.

Et ça donnera un résultat réel.

Au passage : le conseil souvent donné de ne pas acheter de bonbons du tout n'est pas un nudge ! En effet, c'est contraignant : l'enfant ne pourra pas choisir de manger des bonbons vu qu'il n'y en a pas.

Cette technique simple du nudge peut vous aider dans bien des cas mais ça ne fonctionnera pas toujours. C'est efficace pour les petits changements, les apprentissages et les prises d'habitudes. Mais ça ne l'est pas pour les vrais blocages, pour les situations où l'enfant a une excellente raison de refuser ce que vous lui proposez, pour les situations où adopter le "bon" comportement est trop difficile pour lui, pour des raisons émotionnelles par exemple.

Et vous savez quoi ? Vous pouvez même le faire en prévenant l'enfant et s'il est grand, il peut participer à construire le nudge avec vous, ça ne diminuera pas son efficacité. Ça pourrait même lui être très utile d'avoir appris qu'on peut s'auto-nudger et votre ado qui voulait faire ses devoirs sans pouvoir s'empécher d'aller sur Instagram sera ravi·e d'avoir trouvé lui même une façon de pouvoir faire ce qu'il ou elle veut vraiment !

Alors, vous avez des idées de nudge que vous pourriez mettre en place ? Partagez les en commentaires.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin sur les nudges et en particulier voir en quoi cela peut être utile dans les politiques publiques, je vous conseille l'excellente vidéo de Homo Fabulus qui m'a inspiré cet article.

Et si les nudges ne suffisent pas à remettre une meilleure ambiance dans votre famille : contactez moi pour trouver ensemble une solution respectueuse et efficace !

 

Publié le 26 septembre 2019 par Dominique Vicassiau Au Quotidien : La Vie Avec Les Enfants


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