La relation adulte-enfant, ça marche comment ?

Aujourd'hui, je veux vous présenter la vision de la relation adulte/enfant proposée par Jesper Juul auteur danois qui a décrit la relation adulte/enfant d'une façon simple, éclairante et qui nous permet de faciliter nos choix.

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Cet article fait partie d'une série qui présente les propositions de Jesper Juul, thérapeute familial danois.

Déjà publiés sur le modèle éducatif : Quelles nouvelles valeurs pour la relation adulte/enfant ? et Estime de soi, confiance en soi : pour prendre la responsabilité de nous même et accompagner nos enfants

Et sur les nouvelles valeurs qui peuvent porter l'éducation : l'authenticité dans la relation éducative. Et l'équidignité, une clé pour réinventer la relation adulte/enfant

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Quand on parle d'éducation, on a vite tendance à cataloguer parents et enfants : les enfants sont insolents, les parents laxistes, ou bien les parents sont trop ceci ou pas assez cela, les enfants devraient être plus comme ça ou moins comme ceci. Ces façons de décrire ne sont pas aidantes car elles nous amènent à chercher le coupable : le parent qui est trop autoritaire ou pas assez cadrant, ou l'enfant qui est trop difficile/mou/excité. Cette façon de voir est souvent bloquante car elle nous amène à nous demander quelle est la bonne ou la mauvaise façon d'éduquer son enfant ce qui nous déconnecte de ce qui se passe ici et maintenant dans la relation avec notre enfant.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : de la relation.

Jesper Juul nous propose une vision systémique des choses : les problèmes et les tensions ne viennent pas de caractéristiques supposément mauvaises du parent ou de l'enfant mais de la relation entre eux, des interactions. En soi, les frictions sont normales dans une relation, parfois les envies ou les besoins de chacun ne s'équilibrent pas spontanément et cela génère des frictions. Cela n'est pas nécessairement confortable mais c'est logique et inévitable. La question qui se pose n'est donc pas : « comment avoir une famille zen sans frictions ? » mais plutôt : comment vivre les frictions inévitables ?

Pour nous aider à répondre à ça, Jesper Juul nous propose d'un coté une façon de décrire la relation parent/enfant, quelque soit les choix éducatifs des parents, description qui peut nous aider à comprendre et de l'autre des valeurs pour un nouveau paradigme éducatif, c'est à dire une nouvelle façon de voir et de vivre la relation éducative avec son enfant.

Comment fonctionne une relation parent/enfant ?

Toute relation adulte/enfant fonctionne, selon Jesper Juul, de la façon suivante :

  • l'adulte a la responsabilité sociale. La responsabilité sociale, c'est la responsabilité vis à vis des autres. Dans le cas d'un enfant, le parent a, en particulier mais pas seulement, la responsabilité de la protection de l'enfant, et celle de répondre à ses besoins.

  • l'adulte a la responsabilité de la relation entre lui et l'enfant, plus précisement la responsabilité de la qualité de la relation.

  • l'adulte a la responsabilité personnelle de lui même : l'adulte a la responsabilité de sa propre vie, incluant ses propres émotions, ses actes, ses choix, ses besoins, ses valeurs, ses limites.

  • l'enfant a aussi sa responsabilité personnelle, mais il ne peut l'assumer entièrement par lui même. Il a donc besoin que l'adulte l'aide à l'assumer, lui en garantisse la possibilité. Selon son âge bien sûr. C'est une autre part de la responsabilité sociale de l'adulte vis à vis de l'enfant.

  • l'adulte a le leadership. C'est lui qui impulse le mode relationnel, qui donne le ton de la relation. Il n'y a pas de non-choix, même quand l'adulte décide de laisser l'enfant libre, c'est l'adulte qui le décide.

  • chacun, adulte et enfant, a en permanence à arbitrer entre coopération et intégrité. Est ce que je vais coopérer ou préserver mon intégrité ? La coopération selon Juul étant le fait de s'adapter, s'accorder avec l'autre en se conformant, s'opposant, imitant, copiant à l'identique ou à l'inverse. L'enfant coopère la plupart du temps, ce qui ne veut donc pas dire obéir ou se conformer obligatoirement, mais s'adapter : s'opposer c'est donc coopérer, imiter également. (exemple : maman crie quand elle en a marre : moi aussi ! Je coopère ainsi avec elle.).

    Jesper Juul nous propose aussi de faire le lien entre ces éléments là et l'estime de soi et la confiance en soi, mais je vous en parlerais dans un autre article. ;)

Prenons un exemple :

Prenons un bébé de quelques semaines, qui se réveille encore la nuit pour manger. Le bébé se réveille, se sent inconfortable et pleure. En faisant cela, il assume sa responsabilité personnelle, à la mesure de sa capacité qui est à cet âge là seulement de ressentir l'inconfort et de l'exprimer sous forme de pleurs. Il ne peut pas à cet âge, clarifier de quoi il a besoin, ni l'exprimer clairement, et pas non plus répondre lui même à son besoin à allant chercher à manger dans le frigo, qu'il aura pensé à remplir lui même la veille en faisant les courses grâce à l'argent gagné en travaillant. On voit là qu'il faudra des années avant que l'enfant puisse, sur ce seul exemple de la faim, assumer entièrement sa responsabilité personnelle. Mais dès sa naissance, il commence en pleurant. A ce moment là, l'adulte commence à faire des choix.

Il a la responsabilité sociale de répondre aux besoins du bébé. Il a aussi la responsabilité personnelle de répondre à ses propres besoins. Il a le leadership et la responsabilité de la relation. Ses différentes responsabilités sont celles de l'adulte, quelque soit la façon dont il choisit de les assumer.

Il peut par exemple choisir de ne pas répondre au bébé. En faisant cela, il donne une certaine couleur à la relation et c'est sa responsabilité, son choix et non celui de son bébé qui n'a pas les moyens d'influencer cette relation à égalité de l'adulte, car il est dépendant de celui ci. Le bébé s'adaptera de son mieux aux choix de son parent. Il coopérera avec son parent. Il ne peut pas faire plus.

L'adulte peut choisir de ne pas répondre pour assumer sa responsabilité personnelle, celle de son sommeil. Ou bien il peut le faire parce que pour lui, dans son système de valeurs, son enfant a besoin d'apprendre à dormir seul. Si il laisse pleurer son bébé pour lui apprendre à dormir seul, il fait un choix qui relève de sa responsabilité sociale.

Un autre adulte ira répondre, parce que pour lui, sa responsabilité sociale sera de répondre aux besoins de faim et de réconfort de son bébé. Et cet adulte là, pourra assumer sa responsabilité personnelle par rapport au sommeil en se couchant tôt par exemple.

En répondant ou pas, chacun de ces adultes donnent aussi une couleur à la relation avec leur bébé. Et le bébé coopérera aussi à cette couleur relationnelle, il s'adaptera, imitera, etc.

Cet exemple nous montre que le modèle proposé par Jesper Juul nous permet de comprendre toutes les façons d'accompagner un enfant. Il nous aide aussi à mieux voir les arbitrages à faire, lorsque nous devons prendre une décision.

Pour faire ces arbitrages, nous pouvons nous appuyer sur des valeurs1. Nous pouvons choisir plusieurs systèmes de valeur, qui nous amènent à mettre en place plusieurs façons d'accompagner nos enfants. Nous gagnons à clarifier, pour nous même, les valeurs sur lesquelles nous souhaitons nous appuyer, cela nous simplifie les choix et fluidifie notre parentalité. 

Dans "Quelles valeurs pour réinventer la relation adulte/enfant ?" je vous propose 3 nouvelles valeurs sur lesquelles s'appuyer.

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1Le dictionnaire Larousse nous donne cette définition de valeur : « Ce qui est posé comme vrai, beau, bien, d'un point de vue personnel ou selon les critères d'une société et qui est donné comme un idéal à atteindre, comme quelque chose à défendre. » définition qui nous montre que les valeurs sont finalement à la fois des croyances (qui est posé comme vrai) et un objectif (un idéal à atteindre). J'en reparlerai.

 

Publié le 08 janvier 2018 par Dominique Vicassiau Comprendre, Choisir, Changer : La Relation éducative


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