Je revendique la liberté de contrarier Catherine Deneuve et consoeurs !

Hier 100 femmes courageuses ont publié  une tribune dans le monde, une tribune osée, qui dénonce. Parce qu'elles étaient fort contrariées par le #metoo, elles ont eu le courage de prendre la défense des hommes galants qui pratiquent ce qu'elles appellent « la drague insistante ou maladroite ». Et là, je dis : heureusement qu'elles sont là ! Parce qu'ils n'auraient pas pu se défendre tout seuls. Les pauvres. Enfin, c'est ce qu'il semble à la lecture de ce magnifique texte que tu peux acheter pour 2 euros sur le site du Monde.

Elles nous expliquent entre autres que « on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche ». Et elles ne sont pas d'accord, j'en conclus donc (mais je peux me tromper) qu'elles veulent pouvoir parler « comme il ne faut pas, dire ce qui fâche ».

Et je suis bien d'accord.

Par exemple, je suis heureuse que des femmes puissent dire que ça les saoule, au repas de Noël, les blagues à 2 balles sur les moules et les huîtres, que ça ne les fait pas rire. Oui, je sais : « c'est pas drôle » de dire ça. Il paraît même que ça peut contrarier certains et certaines. Mais moi, comme ces 100 femmes (apparemment), j'aime bien que les gens se sentent libres de dire ce qui fâche même si ça contrarie. Je suis comme ça.

Bon après, je dois dire que ça se gâte. Parce que bon, je veux bien moi, que la drague insistante ou maladroite ne soit pas grave. Pouvant être parfois moi même très maladroite, et par exemple bousculer quelqu'un dans la rue parce que je marche en pensant à autre chose, je peux comprendre qu'on soit contre la pénalisation de la maladresse. Cependant, si je bouscule quelqu'un dans la rue par maladresse, j'ai tendance à faire ensuite un truc que vous n'imaginez peut être pas : je m'excuse. Et après je fais attention à ne pas recommencer, au moins pendant le reste de cette balade.

Alors que, je ne sais pas pour vous, mais quand j'ai signifié à des hommes (ou des garçons car bon ça commence au collège hein) que leur drague insistante était maladroite, en leur disant par exemple des trucs comme « Ça ne me fait pas rire » ou « Pfff, tu peux arrêter s'il te plaît ? Ça me fatigue là. » ou même « M*** tu me fais ch*** là, stop ! », est-ce que ces messieurs, désolés de leur maladresse, motivés par leur envie de me séduire, m'ont dit « Oups, désolé » et ont essayé de ne pas recommencer, au moins jusqu'à la fin de la journée ? Ben non en fait. Désolée d'être contrariante hein.

Ils m'ont dit plutôt : « Tu n'es pas drôle » ou « Oh ça va, c'était pas méchant hein ! » ou bien « Mais, détends-toi ! ».

Mais c'était peut être de la maladresse, effectivement. Ou pas.

Drague insistante ou maladroite.

Je suis allée chercher la définition de drague du coup : « Fait d'essayer de séduire, de rechercher une aventure amoureuse ».

Et là, mon côté pragmatique prend le dessus. Le gars essaie de te séduire. À sa façon. Ok. Tu lui dis que ça te fait suer. Et …. il continue !??? Il croit qu'il va te séduire en faisant un truc que tu n'aimes pas ? C'est ça le truc ? Il a prévu quoi d'autre après pour te séduire ? T'offrir des ronces ? Ou un flacon d'huile de foie de morue ?

Entendons-nous bien, je n'ai absolument rien contre les femmes qui aiment qu'on leur offre des ronces, de l'huile de foie de morue, qu'on leur mette la main aux fesses sans prévenir, qu'on leur envoie des SMS sexuels non sollicités, qu'on fasse des blagues sexistes et salaces à table. Absolument rien. Si elles aiment ça, et bien je n’ai qu'une chose à dire : je leur souhaite de rencontrer des hommes qui aiment offrir de l'huile de foie de morue. Et qu'ils en mangent ensemble dans le plaisir et la liberté.

Mais moi je n'aime pas. Voilà. C'est tout. C'est simple à comprendre non ?

Ces dames nous disent qu'une femme « peut ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro ». Et je suis d'accord. Elle peut. J'ai subi des trucs comme ça et je ne me sens pas du tout traumatisée à jamais. Mais une femme peut aussi ne pas avoir envie de subir un frotteur dans le métro. Et elle peut même le dire. Parce qu'une femme peut avoir d'autres espoirs dans la vie que ne pas être traumatisée. Genre des trucs comme : passer un bon moment avec les copains à table, être tranquille entre 2 stations, choisir qui nous touche les fesses. Une femme peut avoir envie de ça. Même si ça contrarie 100 femmes et qu'elles en font une tribune.

Elles nous disent aussi qu'elles considèrent « qu’il faut savoir répondre à [ce qu'elles appellent la liberté d’importuner] autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. »

Classe, je suis d'accord. J'ai toujours répondu. J'ai toujours dit stop, dit merde et je me souviens même, lycéenne, avoir giflé. Je ne me suis jamais enfermée dans le rôle de la proie. Et j'ai continué même quand on m'a dit que je n'étais pas drôle, même quand on m'a dit que c'était rien, même quand on m'a dit que je pouvais « le considérer comme un non-événement », comme ces 100 femmes nous le proposent aussi. Parce que je ne refuse à personne le droit de considérer le fait de sentir une main non sollicitée sur ses fesses comme un non-événement, et je comprends même très bien que c'est parfois une façon de se défendre ou de vivre avec, façon de vivre avec aussi légitime qu'une autre. Mais j'aimerais bien qu'on ne me conteste pas le droit de dire merde, stop ou de dire que untel m'a mis la main aux fesses. C'est une autre façon de se défendre ou de vivre avec. Même si ça contrarie 100 femmes.

Je vous parlerais bien de leur magnifique expression « les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme » mais j'aurais peur de vous contrarier avec un article trop long. Alors, ce sera pour une autre fois.

En attendant, je revendique le droit de vous contrarier, mesdames les signataires de cette tribune. Je revendique le droit de contrarier ces messieurs lourds et insistants. Je revendique le droit de contrarier tous ceux que cet article contrariera.

Je revendique le droit que les hommes respectent mes non pour pouvoir jouir avec eux de mes oui. J'appelle ça ma liberté sexuelle.

Même si ça vous contrarie, Mesdames.

Et je me sens d'autant plus libre de vous contrarier que vous avez pris la peine de le dire plusieurs fois depuis hier : « Vous n'êtes pas en sucre ». Je vous propose donc de considérer le fait que des femmes disent des choses qui ne vous plaisent pas comme un non-événement et de vous rappeler que vous pouvez ne pas en être traumatisées à vie. Et de passer à autre chose.

Bonne journée !

 

Quelques liens contrariants pour les unes et les autres :

Geneviève Fraisse, philosophe et historienne de la pensée féministe, contrariante

Raphaëlle Rémy-Leuleu, porte parole d'Oser le féminisme, contrariante

#Metoo, c’était bien, mais…c'est contrariant

Nadia Daam, contrariante

N'hésitez pas à partager d'autres liens contrariants en commentaire, ça ne me contrariera pas ! ;)
 

Publié le 10 janvier 2018 par Dominique Vicassiau Coups De Gueule Et Coups De Cœurs


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