Je ne suis pas responsable de vos émotions. Ou comment éviter d'assumer ses actes - Version courte

Cet article a été modifié après publication pour supprimer le seul nom que je citais (le seul nom que je connaissais) celui que j'appelle désormais Monsieur Y. Ceci pour être sure de ne pas participer de près ou de loin à des attitudes éventuelles de cyberharcelement que je reprouve. Je précise que je ne connais pas l'identité de Mme X, qui à mon avis n'est pas identifiable dans la publication de M. Y. et que ça ne m'intéresse pas, ce n'est pas le sujet. 

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Hier j'ai vu une publication de M. Y, sur Instagram en story et aussi sur Facebook.

Il y parlait d'un échange qu'il a eu avec une personne que je nommerai Mme X. (et qu'il ne cite pas qui et c'est très bien comme ça, je ne sais d'ailleurs pas du tout moi même qui ça peut être, ).

Que s'est il passé ?

  1. M. Y a fait une blague sur ces RS.

  2. Mme X l'a affiché, parce qu'elle trouvait cette blague adultiste, en disant qu'il faisait de la banalisation des maltraitances familiales. 

  3. L'échange en mp s'est fini de la façon suivante : 

Monsieur Y : Je préfère en rester là svp. Vous m'avez donné envie de chialer.

Mme X : Je ne suis pas responsable de vos émotions.

Je ne suis pas responsable de vos émotions.

C'est une idée que l'on entend souvent. Chacun est responsable de ses émotions. Je ne suis pas responsable des émotions des autres.

Je comprends très bien cette idée que chacun est responsable de ses propres émotions et que nous ne sommes pas responsable des émotions des autres. Je suis même d'accord. J'ai même du le dire moi même plusieurs fois.

Sauf que répondre « Je ne suis pas responsable de vos émotions. » à quelqu'un qui vous dit qu'il se sent mal, c'est un peu facile. Encore plus quand l'autre se sent mal suite à quelque chose que nous avons fait. La responsabilité personnelle de nos émotions a bon dos. C'est une excuse très pratique pour éviter de regarder nos responsabilités en face et de les assumer.

Ça m'a donné envie d'écrire un article sur le sujet, pour faire un peu le point de cette question qui revient souvent. J'ai même écrit 2 articles : une version courte que vous êtes en train de lire et une version (un peu plus) longue qui est ICI.

Je suis d'accord : nous sommes responsables de nos émotions et de ce que nous en faisons.

En même temps, lorsque les autres partagent avec moi leurs émotions : je suis responsable de comment je les reçois et de ce que je réponds.

Lorsque nous ne savons pas comment gérer nos émotions difficiles, nous avons souvent le réflexe d'en parler aux autres, de partager avec eux ces émotions difficiles. On peut le faire de façon plus ou moins consciente, plus ou moins diplomatique aussi, mais souvent quand on est trop mal : on partage. Nous ne sommes pas un animal social pour rien.

C'est ce que Monsieur Y a fait en écrivant « j'ai envie de chialer ». Il est même allé plus loin, il a indiqué ce qu'il pensait faire pour assumer son émotion : il a demandé que la discussion s'arrête là, probablement parce qu'il avait identifié son besoin de se recentrer sur lui et sur son émotion, pour mieux l'accueillir (et donc l'assumer).

Identifier son émotion, la partager (j'ai envie de chialer) et demander à être tranquille (svp on en reste là) c'est assumer la responsabilité de son émotion. Complètement.*

C'est pour ça que la réponse « Je ne suis pas responsable de vos émotions. » est tellement hors sujet à ce moment là et que s'appuyer sur tout ce que j'ai expliqué dans la première partie de l'article en version longue pour justifier cette réponse est fallacieux. Il ne suffit pas que quelque chose soit vraie, pour que ça devienne une réponse juste dans un échange. Sinon on pourrait répondre « La terre est ronde. » pour clôturer n'importe quel échange.

Lorsque quelqu'un nous partage une émotion et nous demande de le laisser tranquille, cette personne partage avec nous son humanité, et fait appel à la notre. Il nous demande de l'aide, explicitement ou non, pour accueillir une émotion difficile qu'il ne réussit pas complétement à gérer seul.

Nous sommes 100% responsable de la façon dont nous choisissons de répondre à ce partage. Répondre dans ce cas : « Je ne suis pas responsable de vos émotions. » c'est à peu près comme répondre « Je m'en fous. » en plus poli et plus condescendant.

Même si on ne veut pas assumer les émotions des autres, ce qui se comprend bien en particulier dans un contexte non personnel comme dans cet échange, on peut choisir de répondre autrement, et de façon plus humaine, par exemple en répondant :

 Je vois que ça vous touche très fort. Restons donc en là, je ne voulais pas vous blesser mais échanger sur un point important pour moi. Bonne journée.

En disant cela, on prend 0% de la responsabilité des émotions de l'autre, on assume seulement notre part et on accepte la demande de l'autre de le laisser gérer ses émotions … lui même !

Allons encore un peu plus loin. Quand je réponds « Je ne suis pas responsable de vos émotions » : quelle est mon émotion à moi qui m'amène à dire ça ? On ne peut faire que des suppositions mais on peut penser à : la colère de ne pas avoir été entendue sur le fond et de voir l'autre refuser de poursuivre la discussion sur un sujet qui compte tellement fort pour nous, ou bien la culpabilité d'avoir provoqué de la douleur chez l'autre ou un peu des deux.

Est ce qu'alors, quand je réponds « Je ne suis pas responsable de vos émotions » j'assume mes propres émotions ?

Est ce que assumer mes émotions, être responsable de mes émotions tout en laissant à l'autre la responsabilité des siennes, ça ne serait pas plutôt répondre quelque chose qui assume mes émotions ? Quelque chose comme :

Je vois que vous êtes très touché par ma réaction à votre blague. De mon coté, je me sens en colère quand vous proposez que nous en restions là car ce sujet est très important pour moi et que j'aurais vraiment voulu que vous compreniez pourquoi j'ai réagi de cette façon.

Répondre « Je ne suis pas responsable de vos émotions » est une réponse facile, qui place celle qui la fait en position haute et qui coupe l'échange. Mais ce n'est pas une réponse qui assume sa part. Peut être que la personne n'est pas capable d'assumer ses propres émotions sur ce sujet et qu'elle aurait besoin d'aide également ? Ou bien c'est une posture haute pleinement assumée ? Je ne peux pas le savoir ne sachant pas de qui nous parlons et n'ayant donc pas pu échanger avec elle, mais c'est une question qui se pose.

Pour aller plus loin, la version longue de cet article est ICI.

[Précision apportée à postériori : il n'a pas dit "j'ai envie de chialer" mais "vous me donnez envie de chialer" ce que l'on pourrait comprendre comme une façon d'accuser l'autre de son émotion,on pourrait aussi le comprendre comme une maladresse classique de quelqu'un qui n'est pas formé à la question. Je n'ai pas détaillé ce point mon article étant assez long et cela ne changeant rien au fond.]

Publié le 20 avril 2020 par Dominique Vicassiau Émotions : En Faire Vos Alliées


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