Il est plus facile d'être le chef de ses enfants que d'être leur leader ... enfin il parait ...

Déjà le cinquième article sur les mythes qui nous empêchent d'être le parent que nous avons envie d'être après les 3 premiers qui parlaient des mythes :  "Il parait qu'on ne peut pas faire confiance aux enfants ..." et "En éducation, soit c'est noir, soit c'est blanc ...vraiment ?" , et "Les enfants sont toujours capables de faire ce qu'on leur demande de faire" et "Je suis seul responsable de l'éducation de mes enfants ... ou pas ?"

----

Aujourd'hui, je voulais vous parler de l'idée : C'est plus facile de contrôler son enfant. C'est plus facile d'être le chef que le leader. 

Cette croyance là est très partagée, parmi ceux qui veulent être dans le contrôle, la relation verticale et parmi ceux qui ne veulent pas y être.

On se dit que si on impose, si on oblige, si on menace d’une punition pour que ça soit fait, c’est quand même plus simple, plus reposant.

Alors si vous êtes ici, il est probable que vous vous interdisiez d’obliger et de menacer d’une punition mais une petite voix, au fond de vous, se dit quand même parfois que bon ça serait plus simple là de suite maintenant.

Pour résumer : souvent on se l’interdit pour des raisons éthiques, parce qu’on ne trouve pas ça juste, pas respectueux de la personne de l’enfant (et on a raison) mais on garde l’idée que ça nous simplifierait la vie quand même.

Et cette idée là va vous pousser à menacer parfois (même si vous culpabilisez ensuite), à crier souvent, ou bien elle va juste aggraver votre fatigue, votre sentiment de ne pas être à la hauteur.

Et bien soyons claire : cette idée est tout simplement fausse.

Admettons, pour la démonstration, que vous décidiez d’imposer les choses par le contrôle, la punition, la peur finalement parce que c’est ça les punitions : le contrôle par la peur. (Et les récompenses aussi au passage : la peur de ne pas avoir la récompense.).

Il est fort probable qu’au départ : ça soit plus facile. Si je vous menace pour que vous me donniez votre téléphone, vous risquez de me le donner. En tout cas, j’ai plus de chance de l’obtenir comme cela qu’en essayant de vous expliquer que ça me ferait super plaisir car je le trouve trop beau.

Mais après que se passerait-il ? Après il se passerait surement que vous porteriez plainte contre moi. Ou bien vous viendrez reprendre le téléphone dans mon sac quand je ne regarderai pas. Ou bien vous expliqueriez à tout le monde ce que j’ai fait dans le but que je me sente mal et je vous le rende. Ou bien vous me menaceriez à votre tour pour que je vous le rende.

Bref, après il se passerait que je paierais la facture !

Quelle facture ? La facture de mon acte violent. Quand quelqu’un subit une violence, quand on force quelqu’un à faire quelque chose par la menace, la peur, la peur de la punition, on peut dire qu’une “facture part dans l’univers”. Un jour, il faudra que quelqu’un paye cette facture. On ne sait pas quand, on ne sait pas qui, mais il est rare que personne ne la paie.

C’est la même chose qui se passerait si vous décidiez de punir votre enfant pour obtenir plus facilement sa coopération : vous obtiendriez sûrement sa coopération immédiate (mais ce n’est pas tout à fait sur). Mais une facture serait envoyée dans l’univers.

Et il est probable que ça soit vous qui deviez la payer : votre enfant mentira, votre enfant attendra que vous menaciez ou punissiez pour agir, votre enfant apprendra qu’il n’y a pas de raison de faire les choses pour contribuer à vos besoins : il ne doit faire les choses que pour contribuer à ses besoins à lui (éviter une punition), votre enfant fera des crises émotionnelles, votre enfant trichera, etc …

Et là, ça ne sera pas plus facile !

Souvent, en consultation, je vois des parents qui ont des enfants qui sont rebelles, violents verbalement avec leurs parents, qui refusent tout, ne veulent rien sauf peut être des choses absurdes qui font qu’on les traitera de capricieux comme un enfant qui voulait une omelette sans oeuf !

Il peut bien sur y avoir plusieurs raisons à ça, mais une raison possible c’est que les parents se comportent en chefs plus qu’en leader et que les enfants, après une période de soumission où c’était “plus facile” pour les parents, ne supportent plus et deviennent ingérables. Et là fini la facilité !

Se comporter en chef, punir, ça oblige à tout contrôler, tout surveiller. Ca oblige aussi à augmenter le degré des menaces et des punitions car l’enfant s’insensibilise. Et ça amène rarement à une relation saine et de la coopération.

Se comporter en leader, c’est pour la plupart d’entre nous un apprentissage et en ce sens, c’est plus difficile peut être que de se comporter en chef parce qu’on sait déjà le faire.

Mais se comporter en leader, c’est donner envie aux enfants de nous suivre, c’est leur donner envie de nous respecter, c’est leur donner envie de coopérer avec nous, de trouver des solutions, de faire attention à nous.

Et ça, c’est tellement plus facile au quotidien que de surveiller les enfants !

Avoir confiance en son ado, avoir enlevé les objets fragiles et laisser son bambin jouer, c’est plus facile que de surveiller le trajet GPS de son smartphone toute la journée ou de surveiller si le bambin n’a pas envie de toucher à ce vase qu’on aime.

Oui résolument être un leader plutôt qu’un chef, c’est plus facile.

Et vous, est ce que vous croyez que c'est plus facile d'être chef ou d'être leader ?

Je vous propose de vous observer et de vous demander, sur une journée par exemple :

Quand est ce que je suis dans le contrôle ? quand est ce que je suis dans le leadership qui montre la direction sans jouer sur la peur ?

Qu’est ce que je me dis dans les moments difficiles quand mon enfant refuse “obstinément” quelque chose ?

Et aussi : qu’est ce que je me dis quand j’observe mon enfant qui spontanément fait quelque chose pour m’aider, quand il accepte de faire un effort ?

Si cet article vous a plu  : partagez le !

Cet article est paru pour la première fois dans le cadre du calendrier de l'avent sur les mythes éducatifs offert sur ma page et sur celle de Vicky Brougiannaki en Décembre 2018 :

 

Publié le 11 décembre 2018 par Dominique Vicassiau Et aussi…


Ajouter un commentaire


Loading