Faut-il regretter que les regrets existent ? (spoiler : non)

Quand on est parent on a souvent peur :

  • des reproches que nos enfants pourraient nous faire quand ils seront adultes sur la façon dont nous les avons accompagnés enfants,

  • des erreurs dont nous pourrions nous rendre compte à postériori seulement, par exemple parce que nous apprendrions des nouvelles informations,

  • des conséquences imprévues ou imprévisibles de nos choix et qui pourraient être douloureuses ou néfastes pour nos enfants.

Bref, on a peur de regretter. Et parfois cette peur de regretter peut nous empêcher de vivre aujourd’hui sereinement, ça peut nous bloquer, nous limiter dès aujourd’hui.

Parfois aussi cette peur de regretter peut nous amener à une parentalité radicale : une parentalité où on ose, où on prend le temps de regarder en soi ce que l'on veut vraiment et où on aime ses choix. Pour minimiser les chances de regretter.

Ces situations n'existent d'ailleurs pas seulement en parentalité, la peur de regretter peut s'élargir à toute notre vie : notre couple, notre vie professionnelle, surtout quand on a des responsabilités ou quand on est à son compte, à nos relations amicales ou même nos rêves les plus fous etc …

Si la peur de regretter est un formidable moteur pour oser prendre des risques, pour ne pas se contenter d'une situation « bof-c'est-pas-si-mal », aujourd'hui, je voudrais faire le point sur le sentiment, l'émotion de regret.

Comme je l'ai déjà fait pour la colère, et comme je vais le faire petit à petit pour toutes les émotions les plus fréquentes, je vous propose un article qui fait sur le point sur une chose que l'on oublie trop  facilement : nos émotions sont utiles, même les plus inconfortables, elles ont un sens.

Nous ne pouvons pas choisir nos émotions, choisir l'objectif d'une vie « sans aucun regret » c'est comme choisir l'objectif de vacances « sans pluie », c'est se fixer un objectif sur un élément que l'on ne maîtrise pas, idéal pour préparer une illusion de puissance (s'il ne pleut pas : c'est parce que je voulais vraiment qu'il ne pleuve pas !!) ou une auto-torture en rond (il a plu : je n'ai pas été à la hauteur !).

C'est quoi le regret ?

Le regret est une évaluation négative d'une action passée engendrant une forme de tristesse et/ou de colère.

Nous sommes parfois tristes du résultat de notre action passée, cela nous amène à regretter cette action.

Nous sommes parfois en colère contre nous d'avoir fait ce choix dans le passé.

Le regret est un sentiment, et comme tout les sentiments, il est spontané, c'est à dire que nous ne pouvons pas choisir de le ressentir ou pas. Il est là c'est tout.

Comme tous les sentiments également, le regret nous informe d'un écart entre nos attentes (ou nos besoins) et la réalité de ce qu'il se passe.

Pourquoi on regrette ?

Il y a en gros 2 situations typiques qui peuvent amener à ressentir du regret :

  1. on a changé de façon de voir le monde. Nous évaluons alors notre action passée en fonction de notre nouvelle vision du monde.

Exemple, tiré d'un cas réel :

Une maman n'a pas allaité son aîné parce que son féminisme lui disait que allaiter = ne pas être une femme libre. Elle était totalement sure au moment où elle a fait son choix, elle était « revenu à elle même », pour vérifier honnêtement, radicalement, qu'est ce qu'elle voulait vraiment. Et ce qu'elle voulait vraiment était clair : ne pas allaiter.

Plusieurs années plus tard, cette même maman a rencontré des personnes qui lui ont fait voir l'allaitement autrement. Elle a pu voir des femmes aimer allaiter, elle a pu voir des femmes qui allaitaient et travaillaient, elle a pu apprendre les bénéfices pour la santé des bébés, elle a aussi changé de façon de voir l'accompagnement des tous petits, bref elle a décidé, honnêtement et radicalement d'allaiter son second enfant.

Elle a changé de vision du monde. Elle n'aurait jamais pu décider au départ que ça ne lui arriverait pas, c'est arrivé, c'est comme ça.

Et elle a regretté sa décision pour son aîné.

  1. Notre choix a eu des conséquences que nous n'avions pas prévu. Nous évaluons alors notre action passée en fonction de la nouvelle réalité du monde, même si notre vision du monde n'a pas changé.

Exemple, tiré d'un cas réel :

Une maman allaite son nouveau né. C'est son troisième, elle sait qu'il suffit de lui donner à la demande. Elle est sereine.

Pourtant son bébé est un bébé très calme qui ne réclame pas vraiment, la maman a 2 autres enfants, pas très grands, qui la sollicitent. Son bébé tête peu et elle ne s'en inquiète pas : elle allaite à la demande.

Mais son bébé va tellement peu demander qu'il ne va pas boire assez et que le pédiatre diagnostiquera un début de déshydratation.

La réalité est là. Malgré le bon conseil qu'elle a suivi, ça c'est mal passé. Ça arrive et elle n'aurait pas pu le prévoir.

Et elle a regretté de ne pas avoir proposé des tétées supplémentaires, même si son bébé ne demandait pas.

C'est avec le recul, maintenant que ma vision des choses, ou mes besoins ont changés, que je regrette mon choix passé. C'est en constatant les conséquences de mon choix que je le déplore.

On vous dira peut être que « le regret est inutile car vous ne pouvez pas changer vos choix passés ».

Je comprends qu'on dise ça mais c'est ne pas comprendre ce qu'est une émotion.

Une émotion c'est juste un signal : le regret « s'allume » pour nous signaler qu'il existe aujourd'hui un écart entre notre choix passé et notre évaluation présente. C'est tout. Le regret n'est rien d'autre.

Regretter que le regret existe, ça revient à regretter que le voyant « plus d'essence » existe sur votre tableau de bord de voiture.

Vouloir une vie « sans aucun regret », ça revient à vouloir un voyage autour du monde « sans aucun voyant qui s'allume sur le tableau de bord ».
 

Pourquoi tant de peur et de rejet des regrets ?

Le regret est souvent vu comme une « énergie négative » concentrée sur le passé, comme une façon de vouloir changer le passé.

Pourtant, le regret n'est pas une tentative d'effacer votre action passée.

Au contraire, le regret assume : vous ne cherchez pas d'excuse pour vos actions passées, vous ne tentez pas non plus d'amenuiser les conséquences.

Vous êtes simplement triste devant ces conséquences ou en colère de votre « mauvaise évaluation de l'époque ».

Accepter l'idée que nous pourrions avoir des regrets est souvent vu comme un manque d'ambition, d'exigence pour la vie d'aujourd'hui.

Il me semble que c'est du à une confusion.

Ne pas se donner comme objectif de n'avoir aucun regret n'est pas synonyme de se donner comme objectif d'avoir « un ou deux regret », et encore moins de se dire « de toute façon, vu que je ne peux pas savoir si je vais regretter, pas besoin de m'embêter à faire des efforts ou prendre des risques ! ».

Non, ne pas se donner comme objectif de n'avoir aucun regret c'est simplement synonyme de ne pas se donner comme objectif de n'avoir aucun regret. C'est tout. C'est ne pas se donner comme objectif de faire le tour du monde en voiture sans aucun voyant qui s'allume sur le tableau de bord.

Cela ne dit rien du tout de nos exigences pour le voyage : est ce que je vais prendre que des autoroutes dans des pays connus ? Ou bien je vais oser le risque d'aller dans des endroits que je ne connais pas ?

Je peux choisir un voyage pépère, sans risque ni effort, ou un voyage aventure avec des risques et des efforts.

De la même façon quand je choisis de ne pas croire que l’objectif zéro regret peut être un objectif, je peux choisir une vie pépère sans risque ni effort ou une vie aventure avec des risques, des efforts, de l'exigence, de l'ambition.

Qu'est-ce qu'il nous veut comme bien le regret ?

Vous vous dites sûrement : c'est bien beau ce que tu nous racontes Dominique mais les regrets c'est douloureux, franchement je préfère ne pas en vivre, ça sert à quoi ? A rien vu que c'est déjà passé !

Oui les regrets c'est douloureux. Ça peut même être très douloureux.

Parfois aussi, ne l'oublions pas, on a des tous petits regrets qui ne sont pas douloureux et qui passent vite : « Mince j'ai oublié qu'il voulait le bonnet bleu pour l'école, bon c'est pas grave il a l'air ravi d'avoir le rouge ». C'est déjà un regret ça. Même si ça ne dure qu'un instant. Le signal s'est allumé « attention regret » et vous avez vérifié la situation et vu que tout était ok : le signal s'est éteint. Fin de l'histoire.

Parfois bien sur, les regrets sont plus forts que cela.

Mais non seulement, vous pouvez vivre le sentiment de regret mais surtout : c'est utile.

C'est grâce aux regrets que vous réalisez que vous avez fait une erreur. Pas d'émotion (de regret par exemple) : pas de possibilité de réaliser que j'ai fait une erreur.

Ça serait dommage non ?

Moi je détesterai ne pas avoir un moyen de me rendre compte que j'ai fait une erreur, que les conséquences sont pires que prévues ou que j'ai changé d'avis.

M'en rendre compte : ça me permet d'assumer.

Je peux choisir de réparer par exemple. La maman dont le bébé était déshydraté, a pu faire attention à le faire téter assez souvent et tout s'est bien passé à partir de là.

Je peux aussi juste accepter de prendre le temps de vivre la tristesse et ainsi rendre la suite possible. La maman qui n'avait pas allaité son grand, a été triste, c'était inconfortable mais après ça allait mieux, elle a pu accepté qu'elle avait fait de son mieux à l'époque et investir à nouveau son énergie dans la vie présente.

Le regret nous veut du bien : il nous informe simplement d'un écart. A nous de l'accueillir et de l'assumer.

Si nous regrettons certaines choses que nous avons fait avec nos enfants aujourd'hui, que ferons nous de ça demain ? Et bien nous pourrions assumer et demander à nos enfants devenus adultes si nous pourrions faire quelque chose pour réparer. C'est pas une belle conséquence des regrets ça ?

Qu'est-ce vous pensez sur ce que je vous dis sur les regrets ?

Et vous, vous en pensez quoi des regrets ? Vous en avez peur ? Vous savez les accueillir quand ils arrivent ? Racontez moi !

 

Et pour aller plus loin sur net : Oh, des regrets, des regrets, des regrets … sur le blog Ithaque Coaching, pour des exemples de la vie professionnelle.

 

 

 

Publié le 20 février 2020 par Dominique Vicassiau Émotions : En Faire Vos Alliées


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