Et dire c'est pas bienveillant ... c'est bienveillant ?

Tu dois être bienveillant voyons ! Il faut être bienveillante je te dis ! Mmh, c'est pas hyper bienveillant ça quand même. Je n'ai pas été bienveillante avec lui, je m'en veux.

Les injonctions à la bienveillance sont partout : au travail, dans le couple, avec nos enfants et même avec nos amis. Et on dit même : la bienveillance commence par soi même ce qui devient direct : Soies bienveillant avec toi même ! ... Si c'est pas bienveillant ça de nous dire d'être bienveillant avec nous même !

Mais alors pourquoi ça m'agace quand on me parle d'être bienveillante avec tout le monde ?

Soyons claire, je ne dis pas aux enfants « c'est pas gentil ! » même si ils hurlent leur rage, je ne dis pas de quelqu'un qui m'exaspère que c'est un c****, je ne punis pas mes enfants même quand je sature, je ne menace pas mon mari de le quitter quand il m'énerve, je cherche à comprendre les enseignants quand ils me parlent plutôt que de les juger et je prends même du temps pour moi régulièrement avec un bon thé au coin du feu. Donc je suis bienveillante. Classe.

Mais alors pourquoi ça m'agace quand on me parle d'être bienveillante avec tout le monde ?

Peut être, parce que je lis et j'entends des choses comme :

Il faut être bienveillant.

Ce n'est pas bienveillant ce que tu me dis là !

Ton enfant a besoin de ta bienveillance, tu ne peux pas lui dire ça.

Soies bienveillante.

Et ça me pique d'entendre ça. Vous voyez pourquoi ? Vous les voyez les : il faut, tu dois, tu ne peux pas ?

Moi je les vois. Et ça me met en colère. Parce que, à force de « il faut », on en viens à une moralisation des relations. Y a les façons de faire bienveillantes, et les autres. Les autres qu'on ne qualifie pas d'ailleurs, au pire on dit « pas bienveillantes », ce qui ne dit pas ce qu'elles sont hein. Parce que, à priori, ces façons de faire « pas bienveillantes », elles sont aussi « pas originales » ou « pas roses avec des étoiles vertes ». Ça ne dit toujours pas ce qu'elles sont. Et alors, on se dit que peut être, quand on nous dit : c'est « pas bienveillant » … on veut nous dire que … c'est mal. Et on raison, peut être bien que oui en fait, c'est ça qu'on vous dit. Mais pas comme ça. Parce qu'on ne peut pas le dire comme ça. Vu que dire « c'est mal » … c'est pas bienveillant !

Et si finalement « c'est pas bienveillant » était juste une variante moderne, relookée du « c'est pas bien » ou du « c'est pas gentil » de notre enfance ? Non ?

Ah mais non, c'est pas pareil : j'oubliais les neurosciences, pardon. Oui les neurosciences nous disent que telle ou telle façon de faire « c'est pas bienveillant ». Donc c'est pas du tout pareil ! Nos grands parents disaient « c'est pas bien » et ils étaient moralisateurs. Nos parents nous disaient « c'est pas gentil » et ils étaient culpabilisateurs. Et ils n'avaient aucune étude pour justifier ces attitudes, ils le faisaient juste parce que … ils pensaient que c'était bien de faire ça ou que c'était gentil de faire ça.

Nous, c'est pas pareil, oui on pense que c'est bienveillant de faire ça mais c'est parce qu'il y a des études. C'est pas pareil.

Mais que disent les études ? Les études ne disent pas « il faut », les études ne disent pas « tu dois », les études ne disent pas « ceci est bienveillant ou pas », les études ne disent pas « soies bienveillant ». Désolée, hein. Ceci dit, les études ne disent pas non plus « il ne faut pas » ou « soies malveillant ». Les études disent juste par exemple « Les enfants qui reçoivent des fessées sont dans l'ensemble plus agressif avec les autres que ceux qui n'en reçoivent pas. ». Les neurosciences nous apprennent qu'il faut 25 ans à un cerveau humain soit mature et qu'avant 5/6 ans le cerveau rationnel ne peut pas réguler les émotions.  Par exemple.

Alors pourquoi traduisons nous ceci en « C'est pas bienveillant ce que tu fais ! » ?

Entre autres, parce que nous avons l'habitude de voir le monde en noir et blanc. Les méchants et les gentils. Le bien et le mal. Et du coup, quand on nous propose de sortir de ces listes de « A faire / A ne pas faire » : c'est pas confortable. Alors, on essaie de remplacer cette vieille liste, celle du « C'est pas gentil », dont on a bien réalisé qu'elle ne nous a pas aidé, par une autre et la première chose que l'on fait c'est qu'on écrit « c'est pas gentil » dans la liste à ne pas faire, dans la liste du « c'est pas bienveillant ».

Alors elles sont comment mes listes ?

Mais le problème, c'est que « c'est pas bienveillant » ou « il faut être bienveillant et bienveillante », et bien, voyez vous, ça a le même impact, dans votre cerveau, dans vos émotions, que dire « c'est pas gentil » ou « il faut être gentil ou gentille ! ». C'est à dire que ça vous donne la sensation que vous êtes nul et selon le contexte, ça vous rend triste, abattu.e ou en colère. Dans tous les cas, ça ne facilite pas du tout le changement, ou l'affirmation saine de soi, parce qu'on n'est pas obligé de changer non plus quand ce que l'on fait ne convient pas aux autres. Ça provoque un effet autoflagellation ou bien ça réveille notre agressivité, parce qu'on se sent attaqué. C'est à dire que ça nous rend violent, avec nous même ou avec les autres.

Alors on fait quoi ?

Et si on changeait carrément de monde ? Et qu'on jetait carrément nos listes de bien(veillant) et mal(veillant) ?

Et si on parlait de nous, plutôt que de faire des injonctions aux autres (et à soi) ? Et si on expliquait ce qui compte pour nous, plutôt que de sortir notre liste du « pas bienveillant » ?

Je vous donne un exemple. Un jour, par mail, une amie m'a écrit « c'est pas bienveillant ce que tu écris là ! ». J'ai résisté à lui répondre « Franchement, c'est pas bienveillant de me dire que c'est pas bienveillant ! », variante moderne du fameux « c'est celui qui le dit qui y est ». J'ai préféré prendre d'abord un temps de pause pour regarder en moi. Puis lui dire que ça m'agaçait de lire ça, car j'avais besoin de comprendre clairement ce qui la dérangeait dans ce que j'avais écrit, alors que quand je lis « c'est pas bienveillant. » je ne sais pas précisément quel est le problème de mon interlocutrice. Je peux deviner que ce que j'ai dit ne lui plaît pas, mais pourquoi ? Et comment même ? Ça l'énerve ? Ça la rend triste ?

Et vous savez quoi ? Elle m'a expliqué ce qui la dérangeait. Et je l'ai écouté. J'ai pris ma part de responsabilité et elle la sienne. Et finalement, on s'est senti mutuellement comprises et ça c'est agréable. Et efficace aussi : nous avons pu nous mettre d'accord sur le fond de notre discussion. C'est fou non ?  ;)

Il y a beaucoup d'autres choses à dire sur la bienveillance, j'y reviendrais donc dans d'autres billets (et probablement des vidéos aussi).

En attendant et comme c'est désormais l'habitude, voici une petite chose concrète que je vous propose de faire, à ce sujet :

  • la prochaine fois que le grand-père de votre enfant ou sa tante lui dit : « C'est pas gentil de ne pas lui faire un bisou ! », essayez de vous demander de quoi il ou elle veut parler plutôt que de vous dire qu'il ou elle n'est pas bienveillant : est ce qu'il a peur que votre enfant ne s'adapte pas à la société ? Est ce qu'elle est triste de ne pas avoir de signe d'affection visible ?

  • Ne cherchez pas à être bienveillant ou bienveillante avec vous même, demandez vous plutôt : quels sont mes besoins insatisfaits et que puis-je faire pour les nourrir moi même ?

Et si quelqu'un vous écrit « c'est pas bienveillant », peut être pouvez vous lui partager cet article pour lui suggérer de plutôt vous dire ce qui le dérange dans ce que vous avez fait ou dit … en toute bienveillance bien sur ! ;)

Publié le 21 novembre 2017 par Dominique Vicassiau Quelle relation ?


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