Estime de soi, confiance en soi : la vision de Jesper Juul pour prendre la responsabilité de nous même et accompagner nos enfants

Quand vous cherchez des informations sur l'estime de soi, la confiance en soi, etc ... vous trouvez des auteurs qui parlent d'estime de soi, de confiance en soi, d'image de soi ou d'amour de soi. Et j'en oublie sûrement. Et ce que l'un appelle l'estime, l'autre l'appelle l'amour, ce que l'un appelle comme ceci, l'autre l'appelle comme ça, etc.

Pour simplifier, je vous propose ici la définition de l'estime de soi et de la confiance en soi que propose Jesper Juul parce que c'est la plus simple et la plus utilisable concrètement que j'ai trouvée. Au quotidien, ça peut vous servir facilement à comprendre et à agir.

Cet article fait partie d'une série qui présente les propositions de Jesper Juul, thérapeute familial danois.

Déjà publiés sur le modèle éducatif : une relation éducative, ça marche comment ? et Quelles nouvelles valeurs pour la relation adulte/enfant ?

Et sur les nouvelles valeurs qui peuvent porter l'éducation : l'authenticité dans la relation éducative. Et l'équidignité, une clé pour réinventer la relation adulte/enfant

 

Alors c'est quoi la confiance en soi ?

La confiance en soi, selon Juul, est la conscience de nos savoir-faire, ce que je sais faire.

Elle est donc liée à un domaine de compétence. On peut avoir confiance en nous dans un domaine et pas dans un autre.

Vous pouvez avoir confiance en vous pour le ski, mais pas pour le vélo. Vous pouvez avoir confiance pour parler en anglais mais pas pour faire un far au pruneau.

La confiance c'est donc :

Je sais faire, donc je peux le faire.

Si je pense que je ne sais pas faire, je ne vais pas le faire, c'est logique après tout. Et si je sais que je ne sais pas, il y a plusieurs solutions, par exemple : apprendre, ou déléguer. Ne pas avoir beaucoup de confiance en soi ne pose pas vraiment de problème en réalité.

Bien sûr, votre confiance peut être très différente de votre compétence réelle dans un domaine mais ça ne pose souvent pas réellement de problème tant que ce n'est pas dans tous les domaines. Ça nous fait peut être perdre des opportunités si on se sous évalue mais on fera autre chose et après tout, ne pas savoir faire de far au pruneau n'est pas bien grave.

Et l'estime de soi c'est quoi alors ?

L'estime de soi, selon Juul, est plus liée à la connexion à moi-même, à ce que je suis. Elle n'est pas du tout liée à un domaine de compétence, ni à mes compétences en fait.

Que je sache chanter ou pas, que je sache ou pas skier ou faire le far au pruneau, ça ne change rien à mon estime de moi. Elle est indépendante de ce que je sais faire.

L'estime de soi c'est un peu la part de nous qui nous dit :

J'existe donc je vaux quelque chose, uniquement parce que j'existe et indépendamment de tout ce que je sais ou ne sais pas faire.

Et donc, si j'ai une estime de moi saine, confortable, le fait que je n'ai pas beaucoup confiance en moi n'est vraiment pas un problème, parce que je supporte très bien le fait de pas savoir faire le far au pruneau.

C'est donc une bonne estime de soi (et non pas une bonne confiance en soi) qui va nous aider à surfer sur les vagues de la vie un peu plus facilement.

Et l'estime de soi, on la nourrit comment ?

Un point est important, dans cette vision que nous propose Jesper Juul de l'estime de soi et de la confiance en soi : si j'ai une grande confiance en moi, si je sais faire plein de choses et que je sais que je sais faire ces choses-là, ça ne va pas nourrir mon estime de moi-même, parce que ce n'est pas de la même nature.

En quoi est ce que c'est important ? C'est important avec nos enfants, parce qu'on a tendance à valoriser surtout ce que nos enfants savent faire. Ce n'est pas forcément un problème en soi, ce n'est juste pas la même chose, il suffit de le savoir car nous avons besoin des deux : nourrir l'estime et la confiance.

On peut se demander, pourquoi augmenter la confiance en soi ne nourrit pas l'estime de soi. Parce que la confiance est liée à des savoir-faire, alors que l'estime de soi est indépendante des savoir-faire. Comme deux vases séparés qui seraient pas vraiment communicants.

Si je sais faire tout un tas de trucs et que j'en ai conscience, je vais remplir mon vase « confiance ». Mais l'estime de moi ne se développera que si on me voit en tant que personne. Et la plupart du temps, quand on me dit « tu sais faire ceci, tu sais faire cela » on ne me voit pas en tant que personne en même temps parce que l'échange est centré sur mes compétences.

Il est possible de nourrir les deux en même temps, mais la plupart du temps, si je regarde ce que l'enfant sait faire, je ne vais pas trop le voir en tant que personne. Je vais être concentrée sur la compétence. C'est utile aussi, bien sûr, c'est utile d'avoir conscience de ce qu'on sait faire.

Il faut simplement ne pas oublier aussi de le voir : voir mon enfant indépendamment du fait qu'il fasse quelque chose, ou qu'il ne fasse rien.

Prenons un exemple pour bien comprendre que la confiance en soi n'est pas le plus important. Moi par exemple, j'ai confiance en moi pour faire un bon risoto. Cette confiance va me permettre d'oser tenter de nouvelles recettes de risoto, ou de ne pas être sous stress s'il faut faire un risoto avec pas grand chose.

Mais si j'ai une difficulté pour lire l'anglais, ça ne me sert à rien de savoir faire un risoto, ni pour parler anglais ni pour supporter de ne pas savoir lire l'anglais.

Par contre, quand j'ai des difficultés pour lire l'anglais, mon estime de moi-même va m'aider à supporter de ne pas savoir lire l'anglais. Même si je n'y arrive pas du tout. Ce n'est pas grave, ce n'est pas agréable quand j'ai envie de lire un article en anglais, mais je laisse cette frustration à sa place de frustration sans lui donner une place exagérée, sans me sentir remise en cause en tant que personne.

Alors que si mon estime de moi est fragile, je vais avoir beaucoup plus de mal à vivre avec mes fragilités, mes domaines de moindre compétence, mes échecs etc …

Jesper Juul compare l'estime de soi à une petite graine qui existe dès la naissance. Cette graine va fleurir, se nourrir, se développer à l'intérieur de l'enfant puis de l'adulte. C'est une image bien sûr, mais cette graine d'estime de nous qui va se développer à l'intérieur de nous va nous porter.

La confiance on peut alors la voir comme un sac à dos avec dedans toutes les compétences dans différents domaines.

Et plus ma graine d'estime va être développée à l'intérieur, mieux je vais pouvoir porter le sac à dos avec les choses que je sais faire ou pas et tenir face aux aléas de la vie.

Et donc, mon travail de parent va être de nourrir cette graine et de ne pas l'écraser.

Pour ne pas l'écraser : je respecte l'intégrité de mon enfant le plus possible. Donc, je ne le tape pas, je ne le juge pas, etc.

Et pour la nourrir : je vois mon enfant. Oui, notre estime de soi est nourrie simplement quand on nous voit.

Par exemple, quand mon enfant est en haut du toboggan et me dit : « Maman, regarde, regarde ! » on peut répondre simplement : « Je te vois, tu fais du toboggan ». C'est juste de ça dont il a besoin. Il dit « regarde », il ne dit pas : « Maman, évalue comment je fais du toboggan ! ». Pourtant, souvent, on a tendance à répondre : « Waouh, t'es fort·e ! » ce qui nourrit sa confiance mais ce n'était pas ce qu'il demandait, il voulait être vu tout simplement.

Je sais que c'est surprenant comme proposition. Je peux vous dire, la première que je l'ai fait, je me suis dit « mais mes enfants vont se dire que je dis n'importe quoi ! ». Je me souviens, mon fils avait, je sais pas, deux ans peut être et il me dit : « maman, regarde-moi sur le toboggan ! ». Je me retourne et je lui dis : « Oh je te vois ». Et je me dis dans ma tête « n'importe quoi ! ».

Mais lui, il a fait un sourire, un de ces sourires heureux et fiers qu'on aime leur voir, et il m'a répondu : « Tu as vu ! » les yeux brillants. Regardes-moi. Je te voie. Tu as vu ! Logique.

Quand ils grandissent, les mots échangés changent mais le fond reste, on leur dit, de différentes façons :

Je te vois.

Je vois que tu es là.

Je te vois, ça peut être aussi : voilà ce que je ressens quand je te vois. Je te vois, ça me fait du bien, j'aime te voir.

Alors que pour valoriser la confiance en soi on va parler en disant :

Tu as fait.

C'est différent.

Les 3 droits qui nourrissent l'estime de soi

L'estime de soi se nourrit aussi par 3 droits que l'on donne aux enfants ou que l'on se donne à soi même.

D'abord : le droit d'exister.

Ça a l'air de rien, mais c'est la base, puisque l'estime c'est « j'existe, donc je vaux ». Donc, tu as le droit d'exister.

La deuxième chose, c'est le droit de s'affirmer.

Que j'existe c'est bien, mais j'ai aussi le droit de m'affirmer, d'avoir des avis différents de mes parents, j'ai le droit de dire non, de dire oui, etc.

La troisième chose, c'est le droit d'être fidèle à eux-mêmes.

Le droit d'être fidèles à leurs valeurs par exemple, ou le droit d'être fidèles à leurs émotions.

Exister, s'affirmer et être fidèle à soi-même.

Tout ça, ça nourrit l'estime de soi. Je peux donc choisir de donner ces 3 droits à mes enfants, et à moi-même aussi.

Les 3 droits qui nourrissent la confiance en soi

La confiance sera de son coté nourrit d'abord par le droit de faire des expériences.

Parce que si je veux savoir ce que je sais faire, il va falloir que je fasse, que je vive des expériences pour le vérifier.

Elle se construira aussi sur le droit d'innover, d'essayer.

Je vais essayer quelque chose que je ne sais pas faire. Si on a tellement peur qu'ils fassent des erreurs et qu'on ne les laisse pas essayer, ça va moins facilement développer leur confiance, même s'ils trouveront des moyens.

Et le dernier c'est le droit de prendre des risques, forcément, ça va avec, même si ce n'est pas toujours facile pour nous de leur laisser prendre des risques. (Sur l'évaluation des risques à laisser prendre ou pas, j'ai fait un live à ce sujet dont le replay est ICI : Évaluer les risques pour nos enfants)

Estime de soi et responsabilité personnelle : un lien essentiel  

Le tout dernier point dont je veux vous parler, et c'est un point essentiel, c'est que l'estime de soi est nourrie par la responsabilité personnelle.

Prendre la responsabilité de sa vie, ça permet de développer notre propre estime de soi.

Et donc, quand j'ai un problème, la meilleure chose à faire, c'est d'agir pour mes besoins, d'agir pour moi-même. Et si je fais ça, je préserve mon intégrité, mes besoins, mes valeurs, mes limites. Et si je préserve mon intégrité, je nourris mon estime de moi. Et si je nourris mon estime de moi, ça sera plus facile de prendre la responsabilité de moi-même la prochaine fois. Plus je prends la responsabilité de moi-même, plus je réponds à mes besoins. Plus je réponds à mes besoins, plus je nourris mon estime de moi. Plus je nourris mon estime de moi, plus c'est facile de prendre la responsabilité de moi-même.

 

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez le, faites le connaître !

 

Publié le 17 octobre 2019 par Dominique Vicassiau Emotions Et Relation


Ajouter un commentaire


Loading