Distinguer envies et besoins des enfants : une fausse bonne idée.

De nombreux auteurs et spécialistes de l'éducation,+ certains que je n'aime pas du tout comme d'autres que j'aime bien, nous incitent à faire la différence entre les envies et les besoins de nos enfants et ajoutent : « Il n'est pas nécessaire de répondre à toutes les envies de l'enfant. Il suffit de répondre à ses besoins ».

Aujourd'hui, je veux vous expliquer pourquoi je crois qu'au mieux c'est inutile de faire cette différence, et au pire cela comporte souvent des risques pour la relation et le respect de chacun.

Papa, je veux une glace au chocolat.

Maman, je veux dormir avec toi ce soir.

Maîtresse, est ce que je peux prendre mon doudou en classe ?

Léo a eu un nouveau smartphone, il est super : je veux le même !

Est ce que ces demandes sont des envies ou des besoins selon vous ?

Pas toujours simple de faire la différence. Pour 3 raisons essentielles.

1. Les enfants n'expriment quasiment jamais directement leurs besoins.

Et les adultes non plus d'ailleurs.

Avez vous déjà entendu un enfant dire : « Je ressens un fort besoin de me nourrir, et en même temps un besoin de plaisir et de détente, associé à un léger besoin d'appartenance. »

Non, en langage de la vraie vie, on dit plutôt : « Je veux une glace au chocolat moi aussi, et avec des bonbons qui pétillent dessus ! ».

Mais ça veut dire la même chose en fait.

En conséquence, vous risquez fortement de vous casser la tête longtemps sur la question : besoin ou envie en vous demandant où commence le besoin et où s'arrête l'envie.

Et pendant que vous réfléchissez … vous n'êtes plus en lien avec votre enfant.

Et la glace fond mais c'est une autre histoire ...

2. Derrière une envie, il y a donc toujours un besoin (ou plusieurs).

Toutes les envies sont des expressions de besoins.

Tout ce que nous faisons est lié à un ou plusieurs besoins. Tout ce que font nos enfants aussi.

Chercher à faire la différence entre envies et besoins en se disant qu'on doit répondre aux seconds et pas aux premières est donc un peu artificiel.

L'exemple de la glace est souvent donné : l'enfant a envie d'une glace mais il n'en a pas besoin. Excellent exemple dans notre société vu que la glace est vraiment vu comme « un plaisir et surtout pas un besoin ».

Nous avons, si nous écoutons ceux qui connaissent apparemment très bien nos besoins, besoin de graines germées, de salades vertes et de lentilles corail mais besoin d'une glace au chocolat ? Non, voyons, pas du tout ! C'est une envie bien sur, pas un besoin. L'enfant a besoin de se nourrir mais il n'a pas besoin de glace au chocolat, il en a envie.

Du coup, vous pouvez lui dire non en ayant la conscience tranquille et lui proposer votre superbe riz aux lentilles corail et à la cardamome à la place.

Sauf que votre riz préparé avec amour ne répondra pas forcément … aux besoins de votre enfant.

Oui c'est vrai le besoin de « glace au chocolat » n'existe pas. (Dommage ! Lol) Mais quand l'enfant demande une glace au chocolat, il exprime un besoin. Peut être qu'il a faim et qu'il sera ravi de manger votre riz. Mais peut être a-t-il surtout, à ce moment là, besoin de plaisir et ce n'est pas sur que le riz aux lentilles corail et à la cardamome y réponde.

C'est le second risque lié à ce conseil de faire la différence entre envie et besoin : celui de ne pas chercher à comprendre la demande de l'enfant et ce dont elle parle vraiment. On peut alors facilement disqualifier toute une série de demande de l'enfant, en ayant la conscience tranquille : ce sont des envies donc j'ai bien le droit de dire non ! Et c'est facile parce que :

3. La différence entre envies et besoins de l'enfant est faite par l'adulte.

Dans le fameux conseil, on vous dit de vous demander si, pour votre enfant, c'est une envie ou un besoin. Pas de réfléchir à ça avec votre enfant, pas de l'écouter ou autre. Non : on vous dit de faire la différence vous même et on ajoute ensuite que nous n'avez pas besoin (sic) de répondre à toutes les envies de l'enfant, seulement à ces besoins.

Mais en fonction de quoi en fait allons nous faire cette différence alors ?

En fonction de nos croyances.

Reprenons mes exemples du début et regardons si ce sont des envies ou des besoins ...

J'ai déjà traité la question de la glace au chocolat, question où nos idées préconçues sur la diététique vont prendre sûrement plus de place dans notre réponse que les besoins du moment de l'enfant. Ce n'est pas un soucis en soi, mais si nous refusons une glace à cause de notre vision de l'alimentation : assumons le et disons à l'enfant : « Je ne veux pas te donner une glace. » plutôt que « Tu n'as pas besoin d'une glace, tu en as simplement envie ».

Et quand l'enfant nous dit : « Maman, je veux dormir avec toi ce soir. » Est ce une envie ou un besoin ? Et bien si vous vous appelez Marcel Rufo, vous allez trouver que c'est assurément une envie (et que c'est pas bien en prime) mais si vous pensez que le contact physique parent/enfant est es-sen-tiel alors vous allez conclure que c'est un besoin. Vital.

Et votre conclusion va avoir un impact sur votre réponse et votre état d'esprit. Si vous avez conclu que c'est une envie, vous pourrez dire non en ayant la conscience tranquille mais si vous décidez de dire oui quand même … vous risquez de vous sentir vaguement mal à l'aise (parce que il ne faut pas répondre à toutes les envies hein …). Si vous avez conclu que c'est un besoin, alors vous pourrez dire oui en ayant la conscience tranquille mais si vous décidez de dire non quand même … vous allez vous sentir assurément très coupable …

Concernant la demande « Maîtresse, est ce que je peux prendre mon doudou en classe ? », il me semble évident que toutes les « maîtresses » ne répondront pas de la même façon à la question : est ce que une envie ou un besoin pour un enfant d'amener son doudou en classe ?

On en parle de « Léo a eu un nouveau smartphone, il est super : je veux le même ! » ou bien vous avez compris que la question « envie ou besoin ? » nous incite plus à regarder vers nos croyances que vers notre enfant … et ses besoins ?

On voit donc ici le troisième risque de cette question : celui de nous pousser agir en fonction de principes et de croyances éducatives et non pas en fonction de ce qui se passe ici et maintenant entre l'enfant et nous.

Du coup, cette invitation faite aux parents de se demander si c'est un besoin ou une envie et de répondre aux premiers et pas toujours aux secondes est, à mon avis, une source de violence envers les enfants qui, au minimum, ne sont pas pris au sérieux. Le fait d'inciter les parents à se poser cette question les détache de leurs enfants et les fait rentrer dans un rôle : le rôle du parent qui répond aux besoins mais pas nécessairement aux envies. Et en prime, ce conseil infantilise les adultes qui avaient très bien compris qu'une glace au chocolat n'est pas indispensable à la vie avant qu'on le leur dise !

Là, vous vous dites : oui, ok mais souvent on se sait pas si on doit dire oui ou pas à une demande et cette question aide !

Je vous répondrais 2 choses essentielles :

  • Une chose est sure : si quelque chose vous aide : ça vous aide. Donc si vous demander si c'est un besoin ou une envie facilite votre vie de famille et votre connexion à votre enfant : continuez.

  • On ne doit pas. Vous pouvez toujours.

    On ne doit jamais dire oui. On ne doit jamais dire non. Vous pouvez toujours dire oui. Vous pouvez toujours dire non.

    Du coup, il n'est pas nécessaire d'avoir en réserve une question qui vous aide à savoir si vous devez dire oui ou non, ni si vous pouvez dire oui ou non.

Je vous propose 2 alternatives basées sur ce qui est, pour moi, un point essentiel souvent oublié : y t-il un problème ?

Toutes les demandes de votre enfant ne vous posent pas de problème ou ne sont pas le symptôme d'un problème chez lui ou dans la relation. Loin de là, et heureusement.

Donc quand il n'y a pas de problème : faites vous confiance !

A vous et à votre enfant.

Votre enfant est compétent et la plupart du temps, les envies qu'il exprime répondent pas trop mal à ses besoins.

De la même façon, vous êtes compétente ou compétent et vos envies de dire oui ou de dire non, répondent pas trop mal à vos besoins également.

Et si on se trompe c'est pas grave du tout : il y a aura mille autres occasions dans la journée ou la semaine de répondre à tel ou tel besoin qui se fera naturellement plus pressent si on l'oublie.

Et si vous hésitez, je vous invite simplement à vous demander : qu'est ce que je veux vraiment ? Ça suffit. Vous pouvez aussi écouter votre enfant, ses émotions, ses rêves, prenez le au sérieux et la très grande majorité du temps, tout ira bien comme ça.

Mais parfois, il y a un problème : cette demande vient vous heurter trop fort, car elle confronte vos valeurs ou vos limites ; ou bien votre enfant exprime tout le temps de nouvelles envies, encore et encore, sans jamais sembler satisfait.

A ce moment là, il est urgent de ralentir. Et de se demander tout simplement : quels sont les besoins de chacun ? En allant, oui c'est vrai, au delà des envies, qui ne sont finalement que nos solutions, nos stratégies préférées pour répondre à nos besoins. Mais en allant non seulement au delà des envies de vos enfants mais aussi  … des vôtres !

Aller au delà des envies de chacun ne veut pas dire disqualifier la demande en disant « c'est une envie et pas un besoin » mais cela veut plutôt dire se demander : de quel besoin cette envie parle ? C'est bien différent.

Et dès que mon enfant est assez grand, je peux même choisir de faire ce travail de recherche avec lui, en écoutant ses émotions et en lui demandant : « Si je te donnais cette glace au chocolat, ça t'apporterait quoi en fait ? ».

N'hésitez pas à partager cet article si il vous a aidé.

 

 

Publié le 30 mai 2018 par Dominique Vicassiau Emotions Et Relation


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