Dire ou ne pas dire parentalité positive, telle est la question.

Il y a longtemps, quand j'étais toute jeune mère, une amie m'a indiqué un forum de parents sur lequel on parlait éducation. Éducation sans fessée, sans punition ni récompenses, sans jugement, sans chantage, sans … je continue ?

C'était un peu long comme nom pour en parler. Alors on a cherché à le dire en plus court.

Et les difficultés ont commencées. Effectivement, bienveillance éducative ou parentalité positive, ça ne nous plaisaient pas du tout.

Et ça ne me plaît toujours pas.

Pourquoi ça ne me plaît pas ? Parentalité positive, c'est beau et positif non ?

Non.

Pour 3 raisons principales.

1. Parce que si il existe une parentalité positive, ça veut dire qu'il existe une parentalité négative.

S'il existe une bienveillance éducative, ça veut dire qu'il existe une malveillance éducative.

Et ça va même plus loin en fait, ça veut dire que : tout ce qui ne pratiquent pas « la parentalité positive » pratiquent la « parentalité négative ». Ça veut dire aussi d'ailleurs, que chaque fois que mes actes ne sont pas estampillés « parentalité positive », alors, quel que soient mes intentions et mes progrès, je suis estampillé.e « parentalité négative » … Et croyez moi, les parents le font beaucoup ! Et ça ne les aide pas.

Et oui, ça fonctionne comme ça, les jugements et les étiquettes. Même positives.

Si vous jugez positivement : automatiquement, en creux, vous jugez aussi négativement.

Et les tenants de la « parentalité positive » le savent bien, eux qui déconseillent de juger les enfants, même positivement.

N'oublions pas qu'aucun parent n'a pour but d'être violent, négatif, malveillant etc …

Même les parents qui font des choses violentes, ou qui vous semblent violentes, n'ont pas pour but d'être violent. Leurs intentions sont toujours … positives ! ;)

Ils essaient de répondre aux besoins de leurs enfants et à leurs propres besoins de leur mieux, en fonction de leur contexte, de leurs croyances, de leur vie quoi.

Et là, j'en viens à une conséquence de ce nom, parentalité positive, qui est bien triste. Comment pensez-vous que réagissent les parents qui ne pratiquent pas la dite « parentalité positive » quand on leur dit ce nom là ? Ou celui de bienveillance éducative ? Ou même celui d'éducation sans violence ?

Et bien ils réagissent successivement de la façon suivante :

  1. Leur cerveau émotionnel repère le jugement en creux et aussitôt il réagit en « urgence colère » ou « urgence peur » ou « urgence tristesse », selon le cas. (oui : les adultes aussi ont un cerveau émotionnel, c'est un scoop, ne me remerciez pas pour l'info, c'est gratuit !).
  2. Leur cerveau rationnel voyant cela … rationalise ! C'est un peu son rôle en fait. Alors, vite, vite, il cherche des arguments, qu'il trouve facilement dans notre culture actuelle, ou dans ses souvenirs, ou qu'il invente en y croyant lui même. Ou les trois. Parce que c'est trop inconfortable sinon.
  3. La personne va argumenter, vous expliquer qu'il n'en est pas mort, que c'est nécessaire pour éduquer les enfants, que ce n'est pas rendre service aux enfants de ne pas ...

Et cette argumentation sous le coup de l'émotion va avoir, à son tour, 2 conséquences, fâcheuses :

  • la personne ne va pas réellement entendre vos arguments à vous, étant trop dans l'émotion,

  • la personne va se convaincre elle même du bien fondée de ce qu'elle dit. Car se convaincre soit même est toujours la conséquence la plus probable quand on argumente. (ça me le fait en ce moment même : qu'est ce que c'est logique ce que je dis, vous ne trouvez pas ? Lol).

C'est dommage non ?

Un nom qui juge, qui clive et qui empêche les gens d'avoir envie de découvrir et de comprendre, c'est même plus que dommage. C'est triste. (et c'est pas positif ! Lol)

2. Parce que ça fait croire que « grâce la parentalité positive et bienveillante, tout est beau, facile, positif »

Ben oui ! Parentalité positive ! Quel joli nom. Moi, ça me donne hyper envie, être un parent positif. La classe.

En prime, on nous explique parfois ou sans nous expliquer vraiment on associe dans la communication, que la parentalité positive, la bienveillance éducative va rendre nos enfants épanouis, va mettre l'harmonie dans notre famille, va nous rendre nous même zen et positif. C'est plus la classe là, c'est la méga classe !

Sauf que c'est pas si simple.

Oui, éduquer votre enfant sans punitions et cie, c'est augmenter les chances que tout se passe pour le mieux pour tous et pour chacun, votre enfant en premier. (je résume hein ! Lol). C'est vrai, c'est même prouvé.

Mais ça ne veut pas dire que votre vie sera une harmonie permanente. Ni que ça sera facile. Ni que parfois vous ne serez pas désespérément impuissante ou impuissant et désemparé.e. Ni que votre enfant ne mentira jamais, ne sera jamais agressif, violent, désagréable.

Les choses désagréables, les fois où « rien ne va », ça fait juste partie de la vie. Et positiver n'y changera rien. Et non, ça n'est pas "parce que vous le faites mal".

Et si vous choisissiez la « parentalité positive » non pas pour en obtenir un bénéfice, réel ou supposé, pour vous et pour votre enfant, mais juste parce que c'est juste pour vous et pour votre enfant ?

3. Parce que "la parentalité positive" donne l'impression qu'il s'agit d'enlever les moyens de contrôle "négatifs" et qu'on peut garder les moyens de contrôle « positifs »

Les récompenses c'est comme les punitions. Exactement.

On n'est pas plus heureux si on vit avec des récompenses que si on vit avec des punitions. Vous allez me dire que les récompenses, c'est plus agréable quand même. Vraiment ? Et quand vous n'avez pas la récompense, c'est agréable ? Et quand vous échappez à la punition, c'est désagréable ?

Punitions et récompenses sont les deux faces de la même volonté : la volonté de l'éducation par la motivation extrinsèque : on créé une motivation extérieure à la situation (une récompense, une punition) dans le but de faire évoluer le comportement de l'enfant et également de le faire évoluer dans sa pensée.

Je ferais un autre article sur toutes les conséquences (négatives !) de ça, mais pour le moment croyez moi sur parole : les récompenses, c'est une mauvaise idée : ça ne marche pas et ça ne fait du bien à personne : ni à l'enfant, ni à la relation, ni à vous. Même si c'est « po-si-tif » !

Il ne s'agit, en fait, pas de trouver un équilibre entre fermeté et bienveillance. Il ne s'agit pas de trouver une façon douce de contrôler.

Il s'agit de changer de modèle, changer de paradigme, changer de cadre !

Accompagnement respectueux. C'est le mot que nous avons retenu finalement sur le forum de parents. J'aime toujours beaucoup « accompagnement » à la place « d'éducation », mais « respectueux » ? Je vous la refais pas hein ! Vous avez compris.

Alors comment on dit ?

Peut être que pour un nouveau paradigme, il fallait un nouveau mot.

Jesper Juul a proposé le mot « Équidignité ».

L'équidignité, ça n'est pas la hiérarchie, ni l'égalité. Ça n'est pas positif. Ni négatif. Ça n'est pas bienveillant. Ni malveillant.

J'aime bien.

Et vous ?

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Publié le 07 juin 2018 par Dominique Vicassiau Communication et relation


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