Comment l'eau chaude m'a sauvé. Ou mon moment à moi.

J'ai commencé quand mes jumeaux avaient 2 ans.

Et qu'on venait de déménager dans une maison avec travaux.

Et que les 2 grandes avaient un peu de mal à s'adapter.

Et que l'entreprise qui m'employait à l'époque était en redressement judiciaire.

Et que je commençais à avoir des soucis de santé récurrents.

Oui rien que ça et encore j'en oublie.

J'étais épuisée, vidée, au bout. Je ne sais pas comment je continuais à tenir.

A ce moment là, j'ai bien senti que mettre en place quelque chose juste pour MOI était indispensable.

Comment je l'ai senti ? Pas avec une intuition magique, non je l'ai senti ... avec mes émotions. Normal, c'est à ça qu'elles servent les émotions, à nous signaler les écarts entre nos besoins et la réalité.

Et à ce moment là, mes émotions c'était de la colère, de l'agacement permanent, tout et tout le monde m'énervait. Tout le temps. Ou presque, parce que j'alternais avec un désintérêt complet, un détachement anormal, je devenais peu à peu un robot qui organise, agit, compense ...

J'avais aussi furieusement envie ... de m'enfuir ! Quelques semaines sur un île déserte me faisait rêver, et je me suis même dit un jour : si je pouvais me retrouver en prison ou à l'hôpital ça ferait trop du bien ! Oui carrément, parce que en prison ou à l'hôpital, tu n'as plus besoin de t'occuper des autres, d'organiser les travaux, de penser aux repas, d'accompagner les émotions des petits et des grands, etc, etc .... quel soulagement c'était de juste l'imaginer ! Bien sûr je n'avais pas vraiment envie de me retrouver en prison ou à l'hôpital mais le fait que l'idée me semble douce m'a fait réagir. Ça et mon alternance colère contre tous et détachement de tout. J'ai réalisé qu'il était urgent d'agir.

Et j'ai décidé de créer un mini-île déserte à la maison. Parce que ce dont j'avais besoin c'était surtout : qu'on me fiche la paix !

J'étais très sollicitée par mes enfants, les jumeaux, 2 ans qui me sollicitaient comme 2 enfants de 2 ans toujours allaités, qui se réveillent encore la nuit, les grandes comme 2 enfants qui ont changé de cadre et qui sont ... des enfants, mon homme pour les travaux, pour ceci, cela et le reste, mon patron parce que l'entreprise allait mal et que "Dominique ! ..."

Stop !

Je ne voulais plus qu'on me sollicite. J'ai commencé avec 20 minutes pour prendre un thé le dimanche matin. Pendant ces 20 minutes : je n'étais pas là quoi qu'il arrive. Chacun savait que tant qu'il restait de l'eau chaude dans ma tasse : je n'étais pas là.

Bien sûr, ils ont tenté de me parler, de me solliciter. Mais j'ai pas répondu. Même pas pour dire "après". J'ai juste fermé les yeux et pris une gorgée d'eau chaude en me concentrant sur l'eau dans ma gorge. Bien sûr j'avais prévenu tout le monde avant.

En quelques jours, chacun a appris à me laisser tranquille pendant ces 20 minutes. Quel bol d'air pour moi ! Ça m'a permis de me ressourcer et de tenir aussi : la sensation de devoir tout le temps être disponible pour tout le monde a diminué : je savais que j'allais avoir un espace-temps tranquille, ce n'était plus "tout le temps et sans fin".

Après j'ai étendu le concept petit à petit :

  • au boulot j'ai annoncé que le matin en arrivant je n'étais pas dispo parce que je préparais ma journée (en prenant mon eau chaude !). Je prenais 45 minutes et en réalité je faisais 25 minutes pour préparer la journée et 20 minutes ... pour boire mon eau chaude et respirer !
  • à la maison aussi où j'ai commencé à étendre le concept au samedi, aux jours de congé et puis : à tous les jours.

C'était il y a 6 ans. Et depuis, beaucoup de choses ont changés dans ma vie, en particulier j'ai changé de métier et de rythme.

Mais une chose n'a pas changé : chaque jour je prends une eau chaude et je ne suis plus là. Le moment où je le fais varie selon le contexte mais c'est non négociable.

Bien sûr, le confinement n'a pas modifié mon habitude. Au contraire, j'ai réexpliqué aux enfants que je ne suis pas disponible pendant ce moment là. Je suis juste avec moi même, avec le calme, avec la certitude que personne ne viendra me déranger. Et ça me fait beaucoup de bien.

L'eau chaude m'a sauvé. J'ai pu éviter d'aller jusqu'au craquage. Et finalement : ça a aussi sauvé mes enfants. Parce que j'ai pu continuer à être disponible le reste du temps.

Les membres de mon groupe Les Parents en Chemin le savent bien, je leur rappelle (presque) chaque lundi : le moi d'abord, pas seulement est une base essentielle pour prendre soin de vos proches.

Et pendant le confinement c'est encore plus vrai car toute la famille doit s'adapter et que ça demande à toutes et tous de l'énergie. Prendre soin de votre énergie à vous est essentiel, indispensable.

C'est aussi encore plus vrai car nous sommes tous ensemble à la maison, les uns sur les autres. Nous avons alors besoin d'un peu de solitude, de temps pour soi.

Et vous comment vous prenez soin de vous ? 

Publié le 15 avril 2020 par Dominique Vicassiau Un Peu De Moi


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