Comment j'ai décidé de ne plus taper mes enfants.

#Journéedelanonviolenceéducative #JNVE2017

Cet article résumé en vidéo ici

En cette journée de la non violence éducative, je veux partager avec vous mon témoignage, vous parler de comment j'ai décidé de ne plus taper mes enfants. Même pour les éduquer. Même vraiment pas fort.

Je suis devenue maman il y a plus de 13 ans. Quand ma fille a commencé à marcher, j'ai commencé à vouloir l'éduquer, comme beaucoup de parents. Je tenais en particulier à ce qu'elle apprenne à ne pas toucher aux bibelots, aux CD, aux autres objets d'adultes qui étaient à sa portée dans notre salon. Mon objectif était que, lorsque nous serions chez les autres, elle sache qu'il ne faut pas toucher et elle ne casse rien. Quelques années avant, une maman m'avait, en effet, expliqué qu'elle n'avait rien enlevé chez elle pour que son fils soit habitué à ne pas toucher tous ces objets à sa hauteur et qu'ainsi il ne soit pas tenté quand il allait ailleurs. J'avais trouvé cela très logique et je m'étais promis de m'en souvenir.

A la hauteur de ma fille, il y avait en particulier des CD. Plein de CD, une tour de CD, une étagère de CD. Bien entendu, comme tout enfant d'à peine un an, elle voulait toucher ces CD, découvrir, comprendre. Du coup, je passais mon temps à lui dire "Non !", encore et encore. Je lui avais bien sur expliqué, calmement, clairement, gentiment, plusieurs fois, pourquoi elle ne pouvait pas toucher les CD. Elle m'avait écouté, concentrée.

Mais elle continuait. Et moi je perdais patience. C'est usant de dire "Non !" puis "Non !" puis encore "Non !", je ne pouvais pas cesser de la regarder sinon elle y allait de suite. Alors je me suis dit que si "elle ne voulait pas comprendre", j'allais "lui faire comprendre".

Je me suis assise à coté des CD et j'ai attendu. Bien sur, elle est venue, elle m'a regardé en souriant et elle a tendu la main vers les CD ... Paf ! Une tape sur la main. Pas fort bien sûr. Je ne voulais pas lui faire mal. Juste lui faire comprendre. Pour qu'elle comprenne les règles de la société et qu'elle puisse s'intégrer plus tard, et être heureuse. Pour son bien, quoi. Vraiment.

Après un instant de sidération, elle a pleuré. Et elle a voulu venir dans mes bras. Parce que je la consolais quand elle pleurait, avec un câlin, elle avait cette habitude. Mais je l'ai repoussée : « Non pas de câlins, je ne suis pas contente ! Pas les CD ! ». Elle a pleuré encore plus fort. J'ai ajouté « Tu as le droit de pleurer mais ça ne changera rien, c'est non, pas les CD ! ». Elle a pleuré encore un moment. Puis elle est passée à autre chose. Elle avait compris.

Je suis restée à coté des CD. A l’affût. Un peu après, elle est revenue. Et nous avons recommencé. Paf. Pas fort. Elle a cessé de toucher les CD. Au moins ce jour là.

A partir de là, l'habitude était prise. Pour moi. De lui taper sur la main. Elle veut attraper mon verre en verre ? Paf ! « Non, ça casse ! ». Elle veut fouiller dans mon sac à main ? Paf ! « Non, c'est à moi. ». Elle tire sur mes boucles d'oreille ? Paf ! « Non, ça fait mal ! ». Etc …

Elle pleurait de moins en moins. Elle comprenait. J'étais contente. Vraiment. J'étais en train de réussir à lui faire comprendre, à l'éduquer. Grâce à moi, elle pourrait vivre heureuse plus tard. Et en prime, mes CD étaient en sécurité. Tout était bien.

Pour ne pas qu'elle ne puisse plus rien faire, nous avions mis ses jouets dans le salon, parce que, quand même, nous étions de gentils parents. Entre autres jouets, elle avait une poupée. Une poupée qui peut aller au bain. Une poupée avec une tenue neutre. Pas sexiste. Une chouette poupée que nous lui avions offert.

Un jour, quelques mois après la première tape, j'étais assise à la table du séjour. Je lisais. Et elle jouait par terre, un peu plus loin. Je ne regardais pas trop ce qu'elle faisait. Et d'un coup, je l'ai entendu crier. Fort. Sèchement. D'un ton vraiment désagréable. Elle a crié : « Non ! » et j'ai levé la tête juste à temps pour la voir taper sur sa poupée. Paf.

C'est moi qui suis restée sidérée. Je n'ai rien dit, rien fait, je n'ai pas bougé. Je l'ai regardé recommencer. Paf. « Non ! ». Paf. La pauvre poupée. Je ne sais pas ce que la poupée avait fait. Mais moi, j'ai pleuré. Doucement, juste quelques larmes. Et je me suis dit : « Mais qu'est ce que je fais là ? ». Je me suis demandé comment j'aurais réagi si, au lieu de taper sa poupée, elle avait tapé un autre enfant en lui disant « Non ! ». Je me suis dit que je serais sûrement venue de suite, je lui aurais dit que non on ne tape pas … et probablement je lui aurais tapé sur la main. Pour qu'elle comprenne et ne recommence pas. Parce que je ne voulais pas d'un enfant qui tape !

Et j'ai réalisé. J'ai réalisé l'incohérence. J'ai réalisé que je ne voulais plus jamais la taper « pour qu'elle comprenne ». J'ai réalisé que quand je lui tapais sur la main : elle comprenait.

Elle comprenait que quand on n'est pas d'accord : on tape.

Ce jour-là, j'ai décidé de cesser de lui taper sur la main, de ne plus la taper du tout. Ce jour-là, j'ai compris qu'il fallait que je change. Ce jour-là, j'ai décidé que le second bébé qui était dans mon ventre je ne l'attendrais jamais à coté d'une tour de CD pour le taper quand il viendrait voir. Et je l'ai fait. Le soir même nous avons mis les CD et le reste en hauteur, je me suis excusée auprès de ma fille, et je lui ai dit que je ne le ferais plus. Elle m'a souri et on a fait un gros câlin.

Un jour, ma fille a tapé sa poupée. Pour lui faire comprendre. Je ne sais pas si la poupée a compris. Mais moi, si.

Merci ma grande.

Edit : Pour la #JNVE2018, j'ai fait un live qui explique la suite de l'histoire, où comment j'ai supprimé aussi les punitions. J'y parle des confusions qui nous amènent à croire les punitions éducatives. C'est ICI.

 

Publié le 30 avril 2017 par Dominique Vicassiau Un Peu De Moi


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