Aller à l'idéal et comprendre le réel ou comment piloter sa vie

Une des citations que j'aime beaucoup est cette citation de Jean Jaurès :

Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel.

Je veux vous expliquer pourquoi et en quoi c'est, en quelque sorte, une des bases de mes accompagnements et formations.

Quand on parle d'améliorer nos relations, avec nos enfants, nos proches ou nos collègues, l'espoir (l'exigence ?) de l'idéal n'est jamais loin. On veut tout. On veut des relations authentiques, on veut des relations respectueuses, on veut le respect de tous et le plaisir de chacun. On veut que ça soit fluide, harmonieux et nourrissant. Et on a bien raison car c'est un beau rêve.

Alors on décide de ne plus jamais punir ses enfants, de ne plus jamais crier, de ne plus juger son voisin, sa voisine et ne plus râler contre ses collègues ou parler mal à son amoureux ou son amoureuse. Parce qu'ils le méritent bien. Et on a bien raison, ils le méritent.

Mais on veut parfois tellement aller vers cet idéal, qu'on se met à exiger cet idéal de tous (et surtout de nous même), on finit par attaquer tout parent qui punit, crie, bouscule, à juger le voisin qui méprise la voisine, à dénoncer son collègue aux ressources humaines pour nous avoir mal parlé et à hurler sur son amoureux ou son amoureuse, coupable de ne pas nous avoir respecté.

Pourquoi en arrivons nous là ? Car nous oublions le réel, à trop vouloir aller à l'idéal.

J'aime comparer la vie à une voiture dont nous serions le chauffeur.

Notre idéal, nos idéaux, c'est le moteur. C'est notre idéal qui nous donne l'énergie d'avancer, qui nous fait nous lever le matin, qui nous donne de l'envie, du peps, de la vitalité. Sans moteur, on est condamné à rouler dans le sens de la pente et on finit souvent par s'arrêter.

Sans idéal pour nous donner l'énergie, on se dit : « A quoi bon ? » et on tombe dans une relativisme excessif. A quoi bon cesser de punir nos enfants vu qu'ils seront probablement punis à l'école ? A quoi bon mettre en place une autre relation avec mes élèves si l'ensemble des collègues rament dans l'autre sens ? De toute façon, les salariés n'ont pas envie d'autonomie, alors à quoi bon mettre en place un autre management ?

Et le réel, c'est le volant. C'est le réel qui nous permet de tourner quand il le faut : de nous adapter, d'apprendre, d'évoluer, découvrir un chemin pittoresque et beau. Essayez donc de conduire sur la route de la photo sans volant, vitesse ou frein ... Sans volant, vitesse ou frein on butte dans le premier obstacle, on fonce dans ce qui est devant, sans pouvoir s'adapter et on blesse à la fois nous même et le mur ou … le piéton.

Sans le réel pour nous donner de la souplesse, on se dit « C'est inacceptable ! » et on tombe dans un idéalisme absolutiste. C'est inacceptable que mon enfant ait été puni à l'école ! C'est inacceptable que des parents crient ! C'est inacceptable qu'on ne me fasse pas confiance sur ce dossier !

Le réalisme seul nous amène à nous trouver des excuses : « Il faut être réaliste ! On ne peut pas faire mieux. » Conscient qu'on ne peut pas ne jamais crier sur nos enfants, on n'essaie même pas vu que bon de toute façon, on va crier parfois. Conscient qu'il est très compliqué de ne pas punir ses élèves, on met en place un système punitif systématique parce que bon, j'ai pas de temps à perdre. Conscient que changer d'un coup de système de management ne garantis pas que ça se passera bien, on ne change rien.

L'idéalisme seul nous pousse dans un impasse et nous amène souvent vers la violence que l'on voulait éviter. Violence envers notre enfant lorsque nos digues craquent. Violence envers d'autres parents qui ne sont pas « comme il faut ». Violence envers les collègues, envers nos proches, envers tout ceux qui empêchent, croit on, l'avènement du jour nouveau où l'idéal sera là et où tout ira bien.

Alors j'ai envie de dire un double non : non au fatalisme du « nous ne pouvons rien faire » et non à l'idéalisme du « nous n'avons pas le droit à l'erreur ».

Ou plutôt, en positif un double oui : oui à l'ambition d'une relation juste et douce et oui à la relation réelle, rugueuse, blessante parfois.

Vous me direz que c'est bien difficile d'aller à l'idéal et de comprendre le réel. Et vous aurez raison.

Mais je veux vous dire que c'est possible.

Dans vos relations, vous pouvez à la fois vous respecter vous même, être authentique, dire et respecter vos limites et respecter les autres, les accueillir tel qu'ils sont. Vous pouvez « Aller à l'idéal ».

Ça ne sera pas un chemin facile, la vie est faite de difficultés, parfois vous tomberez, parfois ça sera très inconfortable. La vie vous mettra des obstacles et vous ferez de votre mieux. Vous vous adapterez, vous ferez des erreurs et des apprentissages. Et vous pouvez l'accepter ainsi. Vous pouvez « Comprendre le réel ».

Et je veux vous dire aussi que Jaurès a raison : il faut du courage pour cela.

Il faut du courage pour aller à l'idéal. Du courage pour oser dire que non, les punitions ne sont pas non seulement pas indispensables à l'éducation mais qu'elles sont même contre-productives et humainement violentes. Du courage pour oser faire confiance à ses collaborateurs. Du courage pour regarder chaque jour ses élèves comme des personnes. Du courage pour oser faire différemment. Du courage pour garder le cap, du courage pour faire de son rêve une réalité, du courage pour rester guidé par l'espoir et par l'ambition de faire de notre mieux.

Il faut du courage pour ne pas punir son ado qui nous claque la porte au nez. Il faut du courage pour ne pas isoler notre bambin qui hurle. Il faut du courage pour ne pas laisser pleurer bébé qui ne s'endort pas seul. Il faut du courage pour cesser de punir ses élèves. Il faut du courage pour oser laisser chacun travailler à ses horaires.

Et il faut aussi du courage pour comprendre le réel. Du courage pour oser affirmer que non, je ne suis pas tout le temps la mère que je voudrais être. Du courage pour reconnaître que la "belle solution positive et bienveillante" ne nous aide pas aujourd'hui, mon enfant et moi mais nous enfonce dans l'impuissance et la douleur. Du courage pour voir que ce collaborateur là tourne en rond dans la liberté que je lui donne. Du courage pour accepter que des élèves, j'en ai 30. Du courage, pour oser dire « Je ne peux pas plus ». Du courage pour regarder la route avec réalisme et accepter les détours et les ralentissements que nous impose la vraie vie.

Il faut du courage pour accepter de crier parfois sur son ado. Il faut du courage pour décider d'une journée télé-grignotage. Il faut du courage pour mettre bébé dans les bras d'un relais imparfait. Il faut du courage accepter que cet élève là, nous ne l'aiderons pas.

Tous les jours, dans mon travail, j'accompagne des personnes dans ce défi. Je les aide à garder le moteur allumé tout en tenant le volant.

Je vois mon travail comme celui d'une accompagnatrice en relation : c'est vous donnez qui le but du voyage, comme un randonneur le donne à un accompagnateur en moyenne montagne, et je vous y mène, en vous signalant les belles vues autant que les ravins. Mais c'est vous qui marchez.

Et tous les jours, je vois des parents, des enseignants, des professionnels trouver leur propre équilibre. Et c'est beau.

Et concrètement, comment on fait ?

Je vous propose 2 façons concrètes pour mettre en place cela dès aujourd'hui :

  • sur un carnet, vous pourriez noter, pour chaque sujet qui compte pour vous : votre idéal sur une page de droite, votre vie rêvée. Et sur la page de gauche, écrivez vos contraintes, les obstacles à la réalisation de votre idéal et les petits pas que vous pouvez faire pour avancer.

  • une autre façon de faire est de regarder votre humeur et vos émotions : comment vous vous sentez en général ?

      • si vous ressentez souvent de la lassitude, une absence d'envie : peut être que votre vie manque de but, d'idéal, de moteur.

      • si vous ressentez souvent de l'impuissance et des impulsions violentes : peut être que votre vie manque de compréhension du réel, de souplesse.

Mais il y a milles façons d'aller à l'idéal et de comprendre le réel. Quelle est la vôtre ?

 

 

Publié le 06 novembre 2017 par Dominique Vicassiau Quelle relation ?


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